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Le monde de Nemo ***
Le mal de père
Fernand Denis
Mis en ligne le 25/11/2003
Qu'il est mignon Nemo, le petit poisson orange aux trois rayures blanches. Et puis, il est le seul rescapé d'un effroyable banquet. Un carnassier a non seulement dévoré sa mère mais aussi ses 399 frères et soeurs. Depuis lors, son père le couve et, en ce premier jour d'école, il saoule le professeur de recommandations. C'est un peu la honte pour le pauvre Nemo, contraint, pour ne pas perdre la face, de montrer qu'il n'entend pas rester sous la nageoire paternelle, laquelle tremble de trouille, pour un oui, pour un non. Des plongeurs passent par là, remarquent forcément le joli petit poisson et, sans avoir eu le temps de dire «blub», Nemo se retrouve dans l'aquarium d'un dentiste de Sydney.
Comment localiser son fils? Comment le sauver? Voila qui relève de la mission impossible pour ce pauvre papa décidément poursuivi par un destin funeste.
Même le spectateur ne voit franchement pas très bien comment il pourrait y arriver. Car si le défi est simple, les difficultés semblent infranchissables. C'est un exceptionnel parcours d'obstacles qui attend le père, même si dans son aquarium, with a little help from his friends, Nemo est bien décidé à faire une partie du chemin.
GISEMENT DE GAGS
Soit le traditionnel Disney de fin d'année, mais façon Pixar, avec ce sens de l'humour, cette virtuosité technique, cette petite épaisseur, qui font des créateurs de «Toy Story» à «Monstres et Cie», les leaders de l'animation. Le spectateur est plongé dans ce monde sous-marin, non seulement dans ce lieu d'émerveillement qu'on connait et dont on ne se lasse point, mais aussi un formidable terrain de gags encore largement inexploité. Et l'équipe Pixar ne s'en prive pas, faisant preuve d'une imagination délirante, dont une utilisation époustouflante des bans de thons.
Et puis, ce n'est pas qu'une formidable machine à gags, il y a aussi un thème, traité en - grande - profondeur, celui de la surprotection. Alors que tant de films indépendants américains pointent la démission du père comme un des maux de l'Amérique, Andrew Stanton et Lee Unkrich abordent l'autre face, celle des enfants surprotégés, exposant une attitude qui, paradoxalement, n'est pas sans risques. Et Nemo de plaider pour qu'on leur laisse un peu d'air, enfin, un peu de bulles.«Finding Nemo» est - encore- une exceptionnelle réussite du studio Pixar. Mais comment font-ils pour tenir le niveau infernal de qualité qu'ils se sont imposé avec «Toy Story»? Tant dans le développement du thème, la progression dramatique, l'invention comique - les bans de thons, le langage des baleines -, la magie des décors, la plongée de 100 minutes dans ce monde de Nemo est inoubliable.
© La Libre Belgique 2003
Savoir Plus
Scénario: Andrew Stanton.
Décors: Ralph Eggleston.
Musique: Thomas Newman.
Montage: David Ian Salter.
Production: John Lasseter, Graham Walters...
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