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Paris, je t'aime ***

Oubliez le guide

Fernand Denis

Mis en ligne le 23/08/2006

Deux heures dans Paris en compagnie d'une vingtaine de grands réalisateurs. Mieux qu'un city trip.

Le film à sketchs n'a pas bonne réputation car l'un fonctionne et l'autre pas, le lien entre les épisodes est souvent artificiel, etc. On se souviendra d'«Eros» pour citer un exemple récent.

«Paris, je t'aime» ou les vingt arrondissements de Paris filmés par une crème de réalisateurs internationaux (Coen, Salles, Payne, Van Sant...) est un projet qui avait de quoi éblouir avec sa pléiade de stars (Binoche, Buscemi, Gyllenhaal, Portman, Wood...) et inquiéter par son côté cachetonneur. Une fausse bonne idée?

On en sort avec la sensation d'être dans l'avion du retour alors que s'entrechoquent les impressions du pays visité.

D'abord, il ne s'agit pas d'un projet administrato-géographique, on ne passe pas d'un arrondissement mais d'un lieu à l'autre, des quais de la Seine au quartier du Marais, du Père Lachaise à la porte de Choisy, sans se préoccuper du code postal. On est immergé dans une ville, Paris ayant la particularité d'offrir une extraordinaire sensation d'homogénéité et une incroyable diversité de décors. Mais ceux-ci restent à leur place, car ce qui compte c'est de faire entendre le coeur d'une ville. Le coeur car l'exercice imposé à chaque cinéaste est de raconter en cinq minutes une rencontre amoureuse dans un quartier de Paris. Soit deux solitudes à Montmartre, un couple qui renait de ses cendres près de la Bastille, d'ultimes retrouvailles dans un bistrot à Saint-Germain ou le baiser du vampire dans un coin sombre du VIIIe arrondissement.

L'AIR DE RIEN

Le petit miracle c'est que le film concentre, en deux heures, les émotions d'un city trip. On se rend dans une ville un guide à la main pour y voir un bâtiment, un musée, un théâtre, mais on en revient avec des reliefs de rencontres, un peu du parfum dans l'air de la cité que chacun filtre à sa façon. Certains sont sensibles à la beauté architecturale, à l'harmonie urbanistique, d'autres aux stigmates de l'injustice sociale ou à l'humeur des habitants.

L'air d'une ville est différent pour chacun et c'est ce que réussit idéalement «Paris je t'aime», dont la bonne idée est d'avoir confié la caméra à des réalisateurs étrangers, à des touristes en quelque sorte mais à la personnalité marquée. Cela nous vaut autant d'éclairages très variés, fugaces, autant de courts métrages drôle, poignant, creux, léger, pittoresque, agaçant, fantastique, branché... Chacun établira à la fin son petit classement personnel. L'humour des Coen est irrésistible, le tact de Walter Salles pour peindre les inégalités est exceptionnel, la tension d'Olivier Schmitz bouleversante, la capacité de Sylvain Chomet à réinventer le pittoresque est virtuose, la pirouette d'Alfonso Cuaron jubilatoire, le charme aveuglant de Natalie Portman est saisi par Tom Tykwer, sans oublier le moment de grâce du touriste capté par Alexander Payne.

L'air de rien, on trouve tout dans cette visite: des sentiments, de la culture, de la drogue, de la violence, de l'humour, de la douleur, de la classe, de l'élégance, de l'imagination, de la fantaisie, de l'ennui, de la vacuité, de l'histoire, de l'exotisme, de la nostalgie, de la poésie. Et même des souvenirs.

© La Libre Belgique 2006

Savoir Plus

Réalisation: Olivier Assayas, Frédéric Auburtin & Gérard Depardieu, Sylvain Chomet, Joël & Ethan Coen, Isabel Coixet, Wes Craven, Alfonso Cuaron, Christopher Doyle, Richard Lagravenese, Raphaël Nadjari, Vincenzo Natali, Alexander Payne, Bruno Podalydes, Walter Salles, Oliver Schmitz, Nouhiro Suwa, Tom Tykwer, Gus Van Sant. Production: Claudie Ossard. 2h

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