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La couleur du sacrifice ***
La première victoire black - blanc - beur
K.T.
Mis en ligne le 08/11/2006
Réalisation: Mourad Boucif. Narration: Mourad Boucif, Vanessa Brichaut, Denise Vindevogel. Production: les Films de Nour... 1h22.
Il n'a pas fallu attendre la génération des Zidane, Trézéguet et autres Thuram pour voir l'Afrique dans sa multiculturalité voler au secours de la France. Dès 1940, Algériens, Marocains et Sénégalais ont constitué le noyau dur de l'armée de libération de la France. Cette épopée oubliée et les conséquences tragiques qu'elle conserve aujourd'hui sont au coeur du très beau film de Mourad Boucif: «La couleur du sacrifice».
LE PREMIER «OUI» À DE GAULLE
«Le premier «oui» à de Gaulle viendra d'Afrique», rappelle-t-il: Tchad, Cameroun, Congo et Oubangui-Chari (République centrafricaine) sont les premiers à s'engager. Ce qui fait dire aux historiens: «Sans l'Afrique, il n'y aurait pas eu de victoire et de libération.»
Près d'un million d'hommes sont recrutés dans des circonstances parfois troubles. Des «Indigènes» engagés parce qu'ils étaient jeunes et forts, «ils ne connaissaient ni le fascisme ni le racisme» et ils acceptaient parfois parce qu'ils étaient confrontés à la misère ou à la sècheresse. «L'Indépendance fut promise aux nations qui s'engageaient. Churchill appuyait cette voie.»
Pourtant, dès 1959, le ton change. La France invente la loi de cristallisation pour ne plus devoir payer aux anciens «enfants de la patrie» les pensions promises. Comme pour mieux les punir de l'Indépendance réclamée, elle bloque unilatéralement les montants à hauteur de 3 à 30pc de ceux perçus par leurs compagnons d'armes «blancs»... Ce qui fera dire aux anciens tirailleurs sénégalais, goumiers marocains et spahis algériens que la nationalité est une notion fluctuante... «Aujourd'hui, on me demande si je suis Français. Mais quand j'étais au front et que les Allemands voulaient nous manger... je n'avais pas la nationalité française, on ne me l'a jamais demandée. Maintenant qu'on a gagné la France, on me demande si je suis Français», plaide Mohamed Mechti. A Gembloux, ils risquent tout -baïonnettes contre chars d'assaut- et gagnent: «C'est le seul endroit où les «alliés» ont fait reculer l'ennemi!»
LEURS DROITS BAFOUÉS
Se voyant refuser le statut d'ancien combattant, la plupart ne touchent que 40 à 60 euros par mois pour «15 ans de bons et loyaux services». Au mieux, ils perçoivent le minimex lorsqu'ils acceptent de devenir «résidents français». Pour beaucoup, le calcul est très vite fait... «Le ventre est ici mais les tripes sont là-bas», résument-ils résignés. Les scènes où l'on voit le quotidien de ces primo-arrivants, obligés de séjourner en France plus de 6 mois par an, «s'entraidant désespérément» loin des leurs et de chez eux, sont les plus touchantes de ce film.
Malgré une narration impeccable, des images d'archives, et des témoignages de premier choix, «La couleur du sacrifice» n'aura sans doute pas la force de frappe d'un «Indigènes» lors de sa sortie en salle. Pourtant, tout qui s'intéresse à cette thématique se doit de voir le film de Mourad Boucif, car rien ne remplace les témoins directs. Cette question de la comparaison est d'ailleurs vaine. Tant le film «Indigènes» que «La couleur du sacrifice» luttent pour la fin d'une injustice, d'un déni de l'Histoire. Ils ne seront pas trop de deux pour y parvenir: chacun à son échelle, chacun à sa façon.
© La Libre Belgique 2006
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