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Le Dahlia Noir (The Black Dahlia) **
Pas assez de parts d'ombre
A.Lo.
Mis en ligne le 08/11/2006
Est-il possible de réduire un roman de James Ellroy à un film? Curtis Hanson avait réussi le pari dans «L.A. Confidential», parvenant à en conserver l'esprit plutôt que la lettre. Pour «Le Dahlia Noir», oeuvre charnière sinon fondatrice du bulldog de la littérature américaine, il aura fallu près de dix ans. David Fincher se lança initialement dans l'adaptation avec le scénariste Josh Friedman avant de jeter l'éponge. C'est finalement Brian De Palma qui a repris le flambeau trouvant dans le récit l'écho de ses obsessions: les doubles, le voyeurisme, la fascination morbide... Dans «Le Dahlia Noir» comme dans «Vertigo» d'Hitchcock -maitre à filmer de De Palma-, le détective en finit par vouloir faire l'amour avec une morte.
UN CRIME LÉGENDAIRE
«Fiction historique» plutôt que polar, «Le Dahlia Noir» s'inspire d'un fait divers réel: l'assassinat sauvage d'Elizabeth Short, dont le corps affreusement mutilé fut retrouvé dans un terrain vague de Los Angeles en janvier 1947. Surnommée Le Dahlia Noir à cause de sa chevelure de jais et de sa prédilection pour les robes noires, «Betty» Short naviguait parmi les laissés-pour-comptes du rêve hollywoodien. Le crime marqua d'autant plus les imaginations qu'il ne fut jamais résolu. Plus que tout autre, James Ellroy fantasmera dessus, y trouvant le reflet de sa propre histoire (lire ci-dessous).
Dans son roman, Betty est morte à cause d'une autre, double sacrificiel qui vient hanter un duo de jeunes flics ambitieux, Bucky Bleichert (Josh Hartnett) et Lee Blanchard (Aaron Eckhart). Alors que Lee devient obsédé par cette histoire au point de délaisser sa compagne Kay (Scarlett Johansson), Bucky va croiser la route de Madeleine Linscott (Hilary Swank), riche mais trouble héritière, parfait sosie de Betty Short (l'excellente Mia Kirshner, vue dans «Exotica» et bien connue des fans de «The L World»).
L'intrigue fouillée et dense d'Ellroy réduite à sa plus simple expression, De Palma trouve un espace pour recréer le cinéma des années 40 comme Ellroy avait restitué par l'écriture le Los Angeles de l'époque. Gigantesque hommage aux classiques du film noir, mais tourné en Hongrie avec des décors du vétéran italien Dante Ferretti, «Le Dahlia Noir» leur emprunte musique, effets visuels désuets et un jeu légèrement décalé dans lequel Johansson excelle en femme fatale masquant ses faiblesses. Originalité: De Palma interprète lui-même, hors-champ, le réalisateur auditionnant à Betty: jeu ambigu qui rappelle celui d'Hitchcock face à Tippy Hedren pour «Les Oiseaux».
FACTICE
Si l'exercice est plaisant, si certaines idées sont brillantes -comme l'extrait de l'adaptation cinématographique du roman de Victor Hugo «L'homme qui rit», pivot de l'intrigue d'Ellroy-, on n'en ressort pas moins avec le sentiment de voir une reconstitution certes superbe mais un peu factice, à l'intrigue superficielle. Ellroy l'a adoubé, sans doute plus pour des raisons matérielles qu'esthétiques. Peut-être inconsciemment parce que ce Dahlia-là n'est pas aussi noir que le sien. Son verbe garde un pouvoir de séduction plus puissant que toutes les images.
© La Libre Belgique 2006
Savoir Plus
Réalisation: Brian De Palma. Scénario: Josh Friedman (d'après le roman de James Ellroy). Photographie: Vilmos Zsigmond. Montage: Bill Pankow. Musique: Mark Isham. Avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Aaron Eckhart, Hilary Swank, Mia Kirshner, Mike Starr... 2h01.
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