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Les envies de Denis Delcampe
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 26/09/2008
Entretien
Home", d'Ursula Meier, la plus belge des Suissesses, fera l'ouverture du festival de Namur, ce soir. Dans cette fable surréaliste, une famille emmenée par Isabelle Huppert et Olivier Gourmet résiste à la réouverture d'un tronçon d'autoroute devant son petit pré carré.
S'il en est un qui a toujours refusé les autoroutes toutes tracées, c'est bien le producteur d'Ursula Meier, Denis Delcampe. Début juillet, il nous recevait dans les bureaux de Need Productions, sa société de production basée à Saint-Gilles, à Bruxelles. Need, c'est une de ses nombreuses boites de prod belges nées dans les années 90. Mine de rien, Denis Delcampe est un des plus anciens producteurs actifs parmi les (plus si) jeunes - la génération des Vincent Tavier, Alain Berliner, Patrick Quinet, Diana Elbaum... Il avait à peine 26 ans lorsqu'il créa Need, en 1995.
Une semaine de découverte
Ce "besoin" (need) de cinéma, remonte à ses seize ans, à "une semaine de découverte de cinéma", lors d'un stage Adeps mené par Jean-Jacques Andrien. "Là, j'ai découvert une envie d'en faire. Ensuite, j'ai été au cours d'histoire du cinéma d'Hadelin Trinon, au Musée du cinéma. J'y ai été subjugué par un grand monsieur qui avait tout vu et qui en parlait de manière intelligente !" Le cinéphile se rêve réalisateur ("Vu mon hérédité" -Denis est le fils d'Armand Delcampe- , je me voyais mal faire acteur face à la caméra"). Il entre à l'IAD, où ce sera "plutôt sportif" : "J'ai été déçu par le fait que la plupart des professeurs, à l'exception de gens comme Benoit Lamy ou Albert Dumortier, n'étaient pas ou plus des maitres." Mais il en tire "une certaine connaissance du milieu du cinéma et l'acquisition de réflexes professionnels".
Denis Delcampe termine en le "bâclant" son film de fin d'études, puis part un an aux États-Unis. De retour, il contracte un emprunt de 300 000 francs belges et réalise son premier court métrage professionnel, "Arn et Léna". "Une catastrophe qui m'a permis 1) de créer l'asbl Need Productions et 2) d'obtenir une certaine reconnaissance." Marion Hänsel, alors présidente de la Commission de sélection du film de la Communauté française, voit le film et soutient le jeune réalisateur-producteur. "Le film était un échec total et une souffrance terrible, mais j'ai décidé de poursuivre la production." Des aspirants réalisateurs de la même génération viennent voir Denis Delcampe. "Ça a commencé avec des courts métrages d'Yves Cantraine, d'Inès Rabadán, puis Ursula Meier." Un trio fondateur.
Le "moment clé" des jeunes années de Need sera "Surveiller les tortues", court métrage d'Inès Rabadán, qui fit le tour du monde, obtint huit prix, dont celui de la Jeunesse au prestigieux festival de Clermont-Ferrand. En toute logique, le premier long métrage majoritaire de Need Production sera "Belhorizon", de la même réalisatrice. "Quatre ans de financement et beaucoup d'argent perdu..." Et une leçon : "prendre moins de risque".
Un pari
"Home" reste pourtant un pari. Ce huis clos était à la Semaine de la critique, à Cannes, mais, parce qu'atypique, en séance spéciale, pas en compétition (comme "Rumba"). Son budget de cinq millions d'euros, justifié par un tournage complexe et les deux stars de l'affiche, n'est ni le luxe, ni la misère : chaque euro compte et chaque entrée comptera. "Le cinéma d'auteur devient difficile à fabriquer et à insérer dans le marché. Il faut des films plus ambitieux commercialement." Et Ursula Meier le vaut bien. "On se connait depuis l'IAD. Dès la troisième année, son travail témoignait d'une personnalité, d'un univers. Ursula a un don pour traiter de la famille. Son court "Tous à table" était au départ une impro avec des bénévoles, réalisée en 48 heures. Un jour je l'ai vu et je lui ai dit qu'il fallait le terminer. C'est devenu un "trente minutes" qui a ramassé des prix."
Need produit surtout des réalisatrices (Denis Delcampe monte actuellement le premier long métrage de Vanja d'Alcantara, qui sera tourné au Kazakhstan). Coïncidence ou ligne éditoriale ? "Ce n'est pas calculé. Les femmes réalisatrices travaillent mieux, sont plus rigoureuses, ont plus de répondant. Et produire un film, c'est d'abord avoir des affinités avec quelqu'un."
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