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Un ange à la mer**

Cinq mots dans la peau

F.Ds

Mis en ligne le 10/02/2010

En cinq mots, une phrase, un père stoppe net l’enfance de son fils Louis. Un premier film très personnel. Un appel à la vigilance des parents.

Une carte postale d’enfance de rêve. Une petite ville au bord de la mer. Une belle villa. Un grand frère et des potes pour jouer au foot. Au Maroc, Louis est heureux comme un ange. D’autant que son papa vient de lui rapporter de Rome ces fameuses ailes indispensables pour le spectacle de fin d’année. Mais c’est encore loin tout cela. Là, juste maintenant, il y a un pénalty à stopper. A ce moment, papa ouvre les persiennes et appelle son garçon dans son bureau. Non, pas dans deux secondes, tout de suite ! Louis s’exécute. Mais que lui veut-il exactement, car il ne dit rien ? Si, il veut lui confier un grand secret, un vrai. Ce n’est pas un jeu, il faut jurer. Voilà : "Ce soir, je me tue."

C’est comme si on lui avait coupé les ailes pour le coup. La nuit est longue pour Louis, mais pas le moindre bruit suspect. Le lendemain, papa est toujours là, enfermé dans son bureau, ne sortant brièvement que pour s’engueuler violemment avec ses collaborateurs. Il n’a plus confiance en personne, ni ses collègues, ni sa femme, ni son ai. Seulement, Louis.

Enfermé dans son secret, Louis s’est mué en ange gardien, passant la journée dans un citronnier à surveiller la fenêtre du bureau, dans l’escalier à regarder sa porte, dans le coffre de la voiture pour l’accompagner secrètement durant ses déplacements. Il veille à ce qu’il mange, à ce qu’il reste en contact avec la vie. Grâce à lui. Une obsession qui vide les yeux du garçon de leur éclat, recale les mots dans sa bouche.

Olivier Gourmet donne une force extraordinaire au personnage du père qui, entre dépression et folie, leste son fils de son propre mal-être. Avec l’économie et la puissance physiques qu’on lui connait, il développe les facettes d’un trouble profond : hébétude, colère, mutisme, surexcitation avec cette étincelle dans le regard qu’on a déjà pu voir briller dans l’œil de Nicholson. On voit ainsi la folie transformer une joyeuse scène d’arrosage en douche froide. Son niveau d’engagement est tel que le film ne vibre vraiment que lorsqu’il est à l’écran, véritable trou noir aspirant son enfant dans son mal intérieur.

Pour son premier long métrage de fiction, Frédéric Dumont a trouvé l’interprète idéal. Gourmet donne un impact maximum à son thème unique et communique la mesure des dégâts d’une seule phrase sur un enfant. Bien que parfois maladroit, le film touche sa cible, se mue en avertissement à partir d’un cas extrême. "Un ange à la mer" est une mise en garde, un appel à la vigilance adressé aux parents à ne pas imbiber leur progéniture de leurs propres angoisses, de leurs névroses. Car il suffit d’une phrase pour les priver de leur enfance, de leur insouciance, de leurs ailes.

Réalisation, scénario : Frédéric Dumont. Image : Virginie Saint-Martin. Musique : Luc Sicard. Avec Olivier Gourmet, Martin Nissen, Anne Consigny 1h26.

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