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Cinéma
Ben Stassen voit l’avenir en 3D
Alain Lorfèvre
Mis en ligne le 09/03/2010
3D or not 3D ?" Telle est la question que posait Ben Stassen au 12e Cartoon Movie, forum européen de la production du cinéma d’animation. Le prix du meilleur producteur d’animation européen de l’année qu’il y a reçu récompense le pionnier belge du nouveau cinéma relief. Encore largement méconnu du grand public, Ben Stassen est à la tête d’un studio, nWave Pictures, qui emploie à Bruxelles quatre-vingts employés. Après avoir longtemps œuvré dans le domaine du cinéma Imax, signant plusieurs documentaires en relief, Ben Stassen a réalisé il y a deux ans son premier long métrage d’animation "Fly me to the Moon" qui est non seulement le premier film d’animation belge en images de synthèse, mais aussi le premier au monde conçu exclusivement pour une vision stéréoscopie - entendez : en relief. Son nouveau film, "Around the World in Fifty Years", sortira en Belgique en aout prochain. Projeté en avant-première au Marché du Film du Festival de Cannes, en mai dernier, le lendemain de la projection de "Up", le premier Pixar en 3D, "Around the World" a attiré 130 distributeurs internationaux - un record. Dans la foulée, nWave Pictures a signé un partenariat avec Studio Canal.
Quelle est la nature de l’accord signé avec Studio Canal ?
Studio Canal va coproduire nos films. Grâce à ce partenariat, nous allons pouvoir augmenter notre rythme de production, avec un film mis en chantier tous les douze mois et non plus un tous les dix-huit mois. Mais nous restons maitres à bord, entre nos fonds propres et le tax shelter, on finance plus de la moitié du budget de nos films. "Around the World in Fifty Years" a couté vingt millions trois-cent-mille euros, dont neuf millions en tax shelter. Le reste est assumé en fonds propres, sans prévente. Je crois que nous sommes les seuls en Europe à faire ça.
Vous semblez plus circonspect sur l’avenir du relief aujourd’hui qu’il y a deux ans.
Ce que j’ai vu ces derniers temps sur les écrans me déçoit. Les gens vont voir ces films parce qu’il y a encore un effet de curiosité. Beaucoup de spectateur d’"Avatar" allaient voir un film en relief pour la première fois. Mais le public va se lasser de la nouveauté si on ne lui présente pas des films qui exploitent vraiment le relief comme un nouveau langage. Or, la plupart des réalisateurs ne modifient pas leur grammaire. "Avatar" n’est pas révolutionnaire au niveau du relief, uniquement au niveau des technologies digitales. C’est un film en 2D où il y a de bons moments 3D. Point. Le seul film en relief qui a offert un autre langage, c’est "L’étrange Noël de Scrooge" de Robert Zemeckis.
Que faut-il faire pour que le cinéma relief soit un succès ?
D’abord concevoir des films pensés vraiment pour le relief, c’est-à-dire qui font de l’immersion et pas seulement du jaillissement. L’un des plus gros handicaps du relief, c’est que les scènes d’action ou les montages rapides l’altèrent. Pour éviter ce phénomène, on peut augmenter la vitesse de projection. L’autre point, c’est que beaucoup de salles ne sont pas idéales pour une projection en relief.
C’est-à-dire ?
Il faut des salles avec un écran qui englobe le champ de vision du spectateur et avec une pente importante, où les spectateurs dominent l’écran : si le spectateur doit lever la tête, il perd cinquante pour cent de l’effet. Les salles de Kinepolis sont dans la bonne moyenne - je donnerais une cote de l’ordre de 6,5/10. Si Kinepolis supprime les deux premiers rangs des salles, ils arriveraient à 8/10.
Croyez-vous toujours en l’avenir du relief ?
L’année dernière, le box office américain a dépassé dix milliards de recettes. Mais cinq films seulement ont réalisé plus de la moitié de ces recettes : "Avatar", "Transformers 2", "Harry Potter", "Ice Age 3", "Là-haut". Ce qui veut dire que l’industrie s’oriente vers le "cinéma évènement". On ira peut-être moins souvent au cinéma et on acceptera de payer plus cher, mais pour assister à un véritable spectacle.
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