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Alice au pays des merveilles

Trop lisse Alice

A.Lo.

Mis en ligne le 10/03/2010

Tim Burton ne fait pas des merveilles chez Lewis Carroll. Le film tempère sa folie inhérente pour séduire les familles.

Tim Burton au pays de Lewis Carroll, c’était écrit d’avance. Le plus frappadingue des réalisateurs américains ne pouvait que tomber à son tour dans le trou creusé il y a un peu plus d’un siècle par l’écrivain britannique. L’œuvre cinématographique du premier est parsemée de personnages passés de l’autre côté du miroir : Edward aux mains d’argent, Jack au pays du père Noël, Ed Wood à Hollywood, Ichabod Crane à Sleepy Hollow, Charlie dans la chocolaterie de Willie Wonka, Batman, même, lui aussi tombé dans un trou au fond du jardin quand il était petit. Quand à Sweeney Todd, perdu dans un autre abime, ses victimes se métamorphosaient également en petites choses une fois précipitées dans les entrailles de son salon de barbier. Que dire enfin des "Noces Funèbres", reflet inversé d’Alice, où l’innocent Victor Van Dort se retrouve au royaume des ombres ? Un projet de mariage arrangé fait d’ailleurs trait d’union entre ce dernier et la présente Alice, qui est la première héroïne de la longue carrière du cinéaste. C’est une nouveauté, mais c’est peut-être la seule à trouver - hormis la 3D, qui donne au champ la profondeur qui manque au scénario.

La fausse bonne idée est de tenter le coup d’Alice "treize ans plus tard". La jeune femme, promise à un aristocrate et une vie pareillement sinistres, est rappelée (à la bonne heure) au pays des merveilles. Spielberg et "Hook" nous avaient déjà fait le coup de ne pas bafouiller dans l’adaptation du conte ultrapopulaire et multiadapté. Mais l’artifice n’évite pas les figures imposées. Johnny Depp en Mad Hatter, c’est si évident que c’en est presque lassant : c’est Willy Wonka sous acide. Helena Bonham Carter avec la grosse tête de la Reine de Cœur, c’est drôle mais pas inattendu. Anne Hathaway en Reine Blanche, un peu trop maniérée. La surprise, et la nouveauté, encore, c’est Alice, toujours, sous les trains de Mia Wasikowska, parfaite, jamais minaudant ou mièvre, une révélation pour le public, qu’on reverra bientôt dans "The Kids Are All Right", mais qui n’a même pas les honneurs de l’affiche.

Ce qui inquiète, c’est que si la patte de Burton est bien là - et on l’apprécie - dans la conception des décors (arbres tordus, perspectives torturées, spirales infinies), l’esthétique hollywoodienne l’empiète. Comme si même les "réalis-auteurs" de renom (voir aussi Scorsese dans le récent "Shutter Island") ne pouvaient plus se permettre d’étalonner un coucher de soleil, de filmer une bataille, d’incruster une montagne, d’animer un dragon (ou un Jabberwocky) autrement que comme Peter Jackson ou James Cameron. Il en irait donc désormais des films comme des vins millésimés, parkerisées pour ravir les gouts (supposés) du plus grand nombre. Pas désagréable au palais, mais plus inoubliables, désormais. Paradoxe pour une œuvre dont la morale (l’amorale ?) est : plus on est fou, plus on vit.

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Réalisation : Tim Burton. Scénario : Linda Woolverton. Avec : Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway, Crispin Glover 1 h 48.

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