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67e Mostra del cinema di Venezia
Un pas de deux pour Aronofsky et Portman
Hubert Heyrendt
Mis en ligne le 02/09/2010
La 67e édition de la Mostra de Venise s’est ouverte hier soir avec la présentation, en Compétition, de "Black Swan" de Darren Aronofsky. Il y a deux ans, l’Américain épatait tout le monde au Lido avec "The Wrestler" et décrochait le Lion d’or. En filmant la dérive d’une ancienne gloire du catch, Aronofsky n’offrait pas seulement un second souffle à Mickey Rourke, il élargissait son registre en livrant une œuvre au style quasi documentaire, à mille lieues de ses expérimentations formelles passées ("Pi", "Requiem for a Dream", "The Fountain").
Avec son dernier film, très bien accueilli par les festivaliers, le jeune cinéaste revient à un cinéma plus formel, même s’il est également question ici du portrait psychologique fouillé d’une âme blessée, Nina (Natalie Portman), jeune rat d’opéra qui rêve de devenir danseuse étoile en décrochant le rôle de la Reine des Cygnes dans une production du "Lac des Cygnes" de Tchaïkovski monté par un metteur en scène vedette français au New York Ballet (Vincent Cassel).
De la boxe à la danse, l’écart peut sembler grand. Pas pour Aronofsky. "Pour moi, "The Wrestler" et "Black Swan" sont des films proches. Le personnage de catcheur de Mickey Rourke et celui de danseuse de Natalie Portman sont tous deux des performers qui usent leur corps de façon intense, très physique. Après, chaque histoire requiert évidemment son propre style. Si notre idée était d’abord d’explorer le monde du ballet, l’histoire du "Lac des Cygnes" s’est finalement imposée, avec cette lutte entre le Cygne blanc et le Cygne noir, qui a donné naissance à l’idée du double. Au fur et à mesure de l’écriture, on s’est donc enfoncé de plus en plus dans la psychologie", expliquait hier le cinéaste en conférence de presse.
En voyant de "Black Swan", qui décrit les rivalités assassines au cœur d’un corps de ballet, où l’ambition semble exacerbée au point d’en devenir maladive, on a du mal à imaginer voir un portrait fidèle de la réalité.
Pourtant, Benjamin Millepiedd, danseur du Ballet de New York qui a chorégraphié le film et qui joue l’un des danseurs, affirme le contraire. "Toutes ces choses sont réelles, on peut les ressentir dans le monde du ballet", explique le danseur français. Pourtant, cette réalité, Aronofsky la tire sans cesse du côté du fantastique, faisant de son film un thriller psychologique haletant. Et plus encore que l’influence évidente de Tchaïkowski ("Black Swan" est une adaptation libre du "Lac des cygnes"), c’est sans doute celle, tout aussi revendiquée, du "Double" de Dostoïevski, qui est la plus prégnante Car ce qui intéresse surtout le réalisateur, c’est de montrer comment la création et l’ambition peuvent s’avérer dévorantes, la douce Nina (cygne blanc) explorant sans cesse plus profondément sa face la plus cachée (cygne noir) au point de perdre le contact avec la réalité Quand il a parlé pour la première fois de son projet à Natalie Portman il y a huit ans déjà, il lui a ainsi décrit une scène qui résume l’idée du film, où la jeune danseuse doit faire l’amour avec elle-même. Une vraie source d’inspiration pour la comédienne, qui a beaucoup travaillé la danse (qu’elle a pratiqué intensivement de 4 à 13 ans) pour apparaitre convaincante. "Il s’agit d’une belle métaphore du monde du spectacle, où il s’agit toujours d’une exploration de l’ego, de l’attraction narcissique mais aussi de la répulsion de soi. J’ai trouvé cela très intéressant ", explique Portman, qui a fait sensation à Venise dans ce rôle schizophrénique, passant progressivement de la douceur à la noirceur la plus inquiétante.
Si l’on peut reprocher à Aronofsky d’en faire un peu trop par moments, en appuyant ses effets digitaux ou sonores, reste qu’il a offert à la Mostra un film d’ouverture enthousiasmant. De quoi augurer du meilleur pour la suite d’un festival qui apparait plutôt éclectique, dont aucune ligne de force ne semble réellement émerger. Ce que reconnaissait hier son directeur Marco Müller en conférence de presse. "Cette année, nous n’avons pas de thématique globale mais un slogan : "Avanti ! Avanti ! Dans tous les sens " Espérons qu’il ne s’agisse pas là d’une fuite en avant
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