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67e Mostra de Venise
John Woo, d’un continent à l’autre
Hubert Heyrendt
Mis en ligne le 06/09/2010
Vendredi soir, le Festival de Venise décernait à John Woo un Lion d’or d’honneur venant récompenser une longue carrière débutée à Hong Kong dans les années 70 avant de se poursuivre de l’autre côté du Pacifique, où le réalisateur chinois est parvenu à imposer son style au film d’action hollywoodien avec des succès comme "Face Off" ou "Mission : Impossible 2". A 64 ans, John Woo est heureux d’une telle reconnaissance. "C’est un grand encouragement à continuer à faire de bons films. Evidemment, recevoir ce prix ne signifie que tout s’arrête pour moi !"
Loin de là puisqu’à Venise, John Woo n’était pas venu les mains vides. Il présentait en effet hors compétition "Reign of the Assassins", film d’arts martiaux avec Michelle Yeoh coréalisé avec Su Chao-pin qui, comme son précédent "Red Cliff", fut tourné en Chine après seize années d’exil hollywoodien "Quand je travaillais à Hong Kong, je n’avais jamais pensé à Hollywood, c’était un rêve inaccessible. Mais il se trouve que "The Killer" et "A Better Tomorrow" ont attiré l’attention des studios. Je n’ai pas arrêté de recevoir des coups de fil, j’ai reçu une cinquantaine de scripts. J’ai même été appelé par Monsieur Oliver Stone, qui voulait produire un film avec moi ! J’étais sous le choc. Dans le même temps, j’avais vraiment envie d’apprendre au contact d’autres personnes. Je voulais aussi prouver que ma technique, mon style pouvaient être internationaux."
Pourtant, sa première expérience en 1993, "Hard Target" avec Jean-Claude Van Damme, a été loin d’être une partie de plaisir. "J’ai essayé de tourner le film dans le style de Hong Kong. Mais peut-être étais-je un peu trop ambitieux pour débuter car ce n’était pas mon scénario, pas mon histoire Ce qui m’a surpris, c’est le pouvoir des stars ! Elles ont le dernier mot sur tout : le script, la distribution, le montage On a discuté à n’en plus finir. Ils adorent les réunions ! Cela peut prendre très longtemps pour prendre une décision car il faut l’accord de tant de personnes. A Hong Kong ou en Chine, comme en Europe, le réalisateur est l’auteur, il a tout à dire. "Hard Target" n’a donc pas très bien marché. J’ai alors réalisé que peu de gens finalement avaient vu des films de Hong Kong et j’ai compris que j’avais voulu aller trop vite. J’ai donc arrêté de faire des films pendant deux ans pour apprendre à connaitre la société américaine. J’ai alors compris que je devais faire un film américain mais avec un style légèrement différent Dans "Broken Arrow", j’ai donc injecté un peu de mon style et le film a été un gros succès. Et pour "Face Off", les studios ont simplement dit qu’ils voulaient un film de John Woo en me laissant une liberté totale pour imposer mon style "
De son épopée hollywoodienne, John Woo retient aussi les rencontres (Scorsese, Coppola, Friedkin, Raimi, Tarantino ). Pourtant, depuis deux ou trois ans, John Woo est retourné travailler à Hong Kong "En Occident, on ne connait pas notre histoire. Les gens sont familiers des films de kung-fu mais ce n’est qu’une infime partie de notre culture. Je crois donc que c’est le bon moment de montrer une autre facette de notre culture. Je suis heureux d’apporter en Chine ce que j’ai appris à Hollywood " Pour le cinéaste, la Chine, superpuissance économique, pourrait d’ailleurs bien être le Hollywood de demain. "Avant que je ne parte, les jeunes n’allaient voir que des films hollywoodiens. Que ce soit en Corée, au Japon, à Taïwan et même à Hong Kong, ils ne prêtaient pas attention aux films locaux. Une de mes ambitions en faisant "Red Cliff", c’était de ramener les jeunes au cinéma en leur proposant un grand spectacle. Et ça a bien marché. Pour cela, on a reçu un grand support du gouvernement, qui nous a accordé tout ce que l’on voulait. On a même eu le support de l’armée pour faire le film avec 2000 soldats sur le plateau tous les jours ! [ ] En Chine, on a une si grande culture, tant d’histoires qui n’ont pas encore été racontées. Il y a beaucoup de choses à faire "
John Woo n’a ceci dit pas pour autant tourné la page de sa carrière hollywoodienne. Il travaille en effet sur deux projets, dont un remake du "Samouraï" de Jean-Pierre Melville, l’une de ses idoles de cinéma
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