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67e Mostra del cinema de Venise
La Vénus bafouée de Kechiche
Hubert Heyrendt
Mis en ligne le 09/09/2010
Présenté hier soir, "Vénus noire" était le dernier film très attendu de la compétition vénitienne. Il faut dire qu’en 2007, Abdellatif Kechiche avait impressionné la Mostra avec "La graine et le mulet", qui y décrochait le prix spécial du jury avant de s’imposer aux Césars. Le cinéaste français d’origine tunisienne proposait, il est vrai, un voyage physique inoubliable aux côtés de personnages d’une incroyable véracité.
Dans son nouveau film, Kechiche change d’univers, quittant la France du XXIe siècle pour l’Europe du début du XIXe siècle. "Vénus noire" retrace en effet la vie de misère de Saartje Baartman, jeune Bochimane sud-africaine amenée en Europe pour être montrée comme un animal de foire (la "Vénus hottenote") à Londres et Paris, où sa dépouille fut disséquée en 1815 par l’Académie des sciences, pressée de vérifier l’existence du fameux "tablier hottentot" (organes génitaux hypertrophiés). Ce n’est qu’en 2002 que la France a accepté la demande de l’Afrique du Sud de rapatrier Saartje pour l’enterrer sur sa terre natale. Ces images d’archives, que l’on voit au générique final, sont paradoxalement le moment le plus émouvant du film, où l’on prend conscience de toute la résonance de cette histoire.
Car "Vénus noire" laisse un sentiment ambivalent. Moins puissant que "La graine ou le mulet" ou "L’esquive", il ne parvient pas réellement à nous faire vibrer, si ce n’est dans quelques colères glaçantes d’Olivier Gourmet ou dans ces plans sur le visage de la jeune Yahima Torres. S’il s’agit de sa première apparition à l’écran, elle traduit avec force la détresse de cette jeune femme exploitée durant toute son existence. Monde du spectacle, bourgeoisie, prostitution, science : personne n’est épargné par Kechiche. Le problème, c’est qu’en multipliant à l’envi les scènes où l’on prend la mesure de cette exploitation (durant ses spectacles londoniens, dans des salons parisiens, à l’Académie des sciences, dans un bordel ), on se demande si Kechiche ne finit pas lui-même par tomber dans le travers qu’il dénonce. "Le film parle justement des regards que porte l’autre sur ce corps. Je n’ai pas le sentiment d’avoir multiplié la même scène, il y a une progression dans l’exhibition du corps, se défendait le réalisateur en conférence de presse. C’est surtout un chemin vers l’abime. Ce corps est montré d’abord vivant, dansant, et puis de plus en plus fatigué, jusqu’à son épuisement et à sa mutilation."
En répétant ces scènes nécessaires mais parfois redondantes, Kechiche livre aussi un film long (2h40), qui manque quelque peu de rythme alors que ses œuvres précédentes fonctionnaient justement sur le rythme. Et ce, malgré les nombreuses scènes de transe, qui font inévitablement penser à l’hallucinante danse du ventre d’Hafsia Herzi dans "La graine et le mulet". "Je ne peux pas compacter ma réflexion, c’est ma manière de faire des films Je crois qu’en regardant un film, on peut oublier notre corps et faire appel à notre esprit. J’espère que ce film fait appel à la réflexion et à l’esprit du spectateur. Je voulais une communion presque cérémoniale sur le regard que nous nous portons les uns les autres."
Sans atteindre la force de l’"Elephant Man" de Lynch, "Vénus noire" propose en effet une belle réflexion sur le regard que l’on porte sur l’autre. C’est d’ailleurs ce qui fait, pour le cinéaste, l’actualité de son film. "Je ne crois pas que ce soit un film du passé. L’histoire de Saartje Baartman est très contemporaine, car son dénouement est récent. Elle n’a été enterrée en Afrique du Sud qu’en 2002; il y a donc eu une exhibition de son corps jusqu’à la fin du XXe siècle ! Actuellement, on assiste aux dérives des actes et des discours politiques français. Face à ces dérives, j’ai pensé qu’il était essentiel de rappeler un passé pas si lointain et qui n’est pas très glorieux pour nous Français. Ce n’est pas par hasard que les théories des scientifiques de l’époque ont retrouvé un écho très récemment, à l’aune des montées des fascismes en Europe. On vit une période où les mots se sont libérés, notamment sur les discours racistes et xénophobes. Je suis en ce moment dans une inquiétude, une angoisse par rapport aux images que je vois, aux expulsions, à la façon méprisante dont on traite les peuples. Malheureusement, le film se situe dans l’actualité "
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L’autre Affleck
Deux jours après Casey Affleck, c’était au tour de son frère Ben de faire son apparition sur le Lido. Hors compétition, il présentait "The Town", son second long métrage. Soit un polar très classique mais plutôt efficace, dans lequel il interprète un braqueur tombé amoureux de la gérante de la banque qu’il vient de cambrioler
Le film pose tous les thèmes classiques du film noir, montrant un héros luttant pour s’extraire de son milieu, de sa famille, de sa ville. Comme dans son premier film "Gone Baby Gone", Affleck retrouve en effet Boston. "Il y a des ressemblances entre les deux films, notamment avec cette idée que la ville a une grande influence sur ce que nous sommes. Ces films sont aussi liés par l’idée que les enfants doivent parfois payer pour leurs parents", expliquait-t-il hier en conférence de presse, entouré de son beau casting : Rebecca Hall, Jeremy Renner et John Hamm. Tous sont impeccables dans "The Town", qui s’inscrit dans une longue tradition, de "Scarface" à "Gomorra". "Les vieux films de gangsters de la Warner ont évidemment été une grande inspiration pour moi. Il y a une scène dans le film où Jeremy porte un flingue. Il m’a dit qu’il avait l’impression d’être James Cagney ! Ce que j’aime dans ces films, c’est le réalisme social, car l’on ne peut pas faire de films de ce genre sans chercher à ce que le spectateur puisse croire à l’histoire, à entrer dedans."
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