Cinéma

Après avoir servi 27 ans dans l’armée israélienne, David Greenbaum prend sa retraite. Désœuvré, il se lance dans une formation à la vente. Sa femme Rina, elle, se laisse séduire par l’un de ses élèves. Tandis qu’à la suite la mort d’un jeune ouvrier, sa fille Yifat, un peu rebelle, se rapproche de la communauté arabe, qui vit de l’autre côté de la colline…

Découvert avec son premier film en 2007, l’étonnante "Visite de la fanfare", Eran Kolirin revient, après un passage par la comédie burlesque existentielle ("The Exchange" en 2011), avec une œuvre à la tonalité très différente, presque désabusée, sur l’état de la société israélienne. Dans "La visite de la fanfare", le jeune cinéaste voulait encore croire en la possibilité d’une coexistence entre Arabes et Juifs. Il abordait la question non pas de façon politique - comme peuvent le faire Amos Gitaï ou Avi Mograbi - mais par le biais de l’humour, en mettant en scène la façon dont un village (Ronit Elkabetz en tête, l’actrice récemment décédée à qui est dédié ce film) venait en aide à des musiciens de l’armée égyptienne perdus au fin fond de la campagne israélienne…

Depuis, une décennie s’est écoulée et la société israélienne n’a fait que se replier sur elle-même en reconduisant au pouvoir des coalitions de plus en plus nationalistes. "Au-delà des montagnes et des collines" reflète cette évolution, en mettant en scène les trajectoires individuelles et isolées des membres d’une même famille qui tentent de trouver un sens à leur vie, et qui sont prêts à prendre des risques pour se sentir exister.

Pourtant, à mesure qu’avance le film, le réalisateur semble ne pas valider leur trajectoire. Jusque dans une scène finale très déstabilisante, où le repli sur soi et sur le noyau familial sont présentés comme l’ultime solution face au désordre du monde. Comme si les citoyens israéliens avaient renoncé à tout espoir d’avoir la moindre prise sur l’évolution politique de leur pays. Ultime témoignage de ce regard désabusé, la bande-son de "Au-delà des montagnes et des collines" fait uniquement appel à de vieilles chansons populaires israéliennes, qui bercent le film d’une douce nostalgie. Pour ne pas dire une mélancolie, qui traduit la tristesse d’un cinéaste qui semble avoir baissé les bras face à l’injustice et la violence qui l’entourent. Comme s’il ne pouvait envisager la beauté de son pays qu’en regardant vers le passé et non vers l’avenir.


Scénario & réalisation : Eran Kolirin. Photographie : Shai Goldman. Musique : Asher Goldschmidt. Avec Alon Pdut, Mili Eshet, Noam Imber, Shiree Nadav-Naor… 1 h 30.