Cinéma

Au Festival Lumière à Lyon, Eddy Mitchell et Thierry Frémaux lancent la fête du cinéma classique

5000 personnes. La Halle Tony Garnier est l'ancien abattoir de Lyon. Séduit par ses structures métalliques à la Eiffel, l'architecte Tony Garnier l'a sauvé de la démolition et reconverti en salle de spectacle. 5000 personnes sont venues assister à la cérémonie d'ouverture de la 9 ème édition du Festival Lumière. Ça ne sent pas le hot dog mais on vend des snacks dans les allées et certains ont prévu leur pique-nique. C'est que la soirée commence à 17 h et personne ne sait à quelle heure, elle va se terminer. 5000 personnes ont acheté leur place, entre 15 et 18 euros tout de même, en ignorant tout de ce qu'ils allaient voir, même le film projeté à l'issue de la cérémonie. La seule certitude, c'est qu'il y aurait Bertrand Tavernier, le président de l'institut Lumière à l'initiative de festival consacré au cinéma classique, et son directeur Thierry Frémaux.

Tout le monde se lève pour Monsieur Eddy

Le voilà d'ailleurs Thierry Frémaux, le délégué général d'un autre festival, celui de Cannes. Il arrive sur la scène kilométrique alors que sur l'écran, on voit les stars défiler et s'installer, au son des applaudissements plus ou moins fournis suivant leur notoriété populaire. Personne ne reconnaît Michael Mann ou Alfonso Cuaron, mais Catherine Frot , Christophe Lambert et Gérard Jugnot font un triomphe et tout le monde se lève pour Monsieur Eddy, Eddy Mitchell , bien sûr, l'invité d'honneur du jour. Y a du boogie-woogie dans l'air, ce soir.

L'un après l'autre, Thierry Frémaux remercie les invités de leur présence, mais à la bonne franquette. Certains ont droit à une petite présentation filmée comme Michael Mann. D'autres, les cinéastes mexicains Guillermo del Toro (Labyrinthe de Pan) et Alfonso Cuarón (Gravity) à une aubade par un orchestre de Mariachis. Entre un salut à une fidèle de la première heure, aujourd'hui Ministre de la culture, Françoise Nyssen et un court métrage retraçant la carrière de Tilda Swinton, visiblement fracassée d'émotion par l'accueil de 5000 personnes ; Thierry Frémaux diffuse une séquence virtuose regroupant la centaine de films au programme du festival. Et même les 1422 films Lumière, il faut le voir pour le croire. Il évoque aussi les initiatives du Festival Lumière en direction de ceux qui ne peuvent pas aller au ciné, comme les enfants malades et les prisonniers. Des séances sont organisées dans des maisons d'arrêt, l'une d'elle, celle du «Train sifflera trois fois » sera présentée par Luc Dardenne.

Inoculer le virus de la cinéphilie

En fait, tout au long d'une présentation bon enfant, Thierry Frémaux déploie un sens de la scène digne de Bruce Springsteen pour inoculer chez les spectateurs le virus de la cinéphilie, le goût du cinéma classique, l'envie de se rendre à l'une des 300 séances de cllassiques du cinéma : anniversaire (centenaire de Melville ou de Clouzot ), de master class d'Anna Karina, Guillermo del Toro ou William Friedkin, d’invité d'honneur comme Tilda Swinton ou Jean-François Stevenin, ou encore de cartes blanches et autres ciné-concerts. Chaque séance est accompagnée d'un ambassadeur – acteur, réalisateur, journaliste - qui vient présenter le film au public.

Et la logique est idéale quand arrive en apothéose finale, Eddy Mitchell, le chanteur, le comédien mais surtout le présentateur de « La dernière séance », ce double programme télé qui célébrait le cinéma américain des années 40- 50 (plutôt le western d'ailleurs) et les salles de quartier. Quand dans un karaoké géant , 5000 personnes chantent la chanson générique de l'émission, il y a vraiment de l'émotion dans l'air.

Plus de deux heures très animées viennent de passer, il est temps pour Monsieur Eddy et son réalisateur de « Coup de Torchon », Bertrand Tavernier, de lancer le classique du jour « La mort aux trousses » de Hitchcock, en copie 4K toute neuve, fraîchement restaurée. Le bonheur, quoi !