Cinéma

Benoît Poelvoorde comme un poisson dans l’eau dans l’univers déjanté de Quentin Dupieux.

L’histoire du pneu tueur (“Rubber”), c’est lui. Les mésaventures d’un flic californien dealer de drogue et mélomane (“Wrong Cop”), lui aussi. La tentative d’Alain Chabat de réaliser son premier film d’horreur à Los Angeles (“Réalité”), encore lui. En huit longs métrages (son prochain, “Le daim” avec Jean Dujardin, ne devrait pas tarder), Quentin Dupieux – alias Mr. Oizo pour les fans de musique électro – a imposé une patte très singulière dans le cinéma français. Dans l’exacte lignée de ses films précédents, “Au poste  !” n’échappe pas à la règle puisqu’il n’en possède aucune. Sinon une : nous faire hurler de rire intelligemment par son discours méta sur la narration.

L’histoire à raconter ici, c’est celle de Fugain (Grégoire Ludig). Celui-ci a retrouvé le corps d’un homme mort devant chez lui, avant d’appeler les secours. Fatigué, l’inspecteur Buron (Benoît Poelvoorde) est pourtant bien décidé à faire accoucher son principal suspect de la vérité, avec l’aide de son adjoint borgne Philippe (Marc Fraize), un peu simplet et surtout très maladroit. Une maladresse qui va mettre Fugain dans de beaux draps…

Sauf que chez Dupieux, la vérité n’existe pas. Pas plus que la cohérence. Ce qui compte, c’est l’histoire que l’on raconte. En jouant sans cesse des flash-backs, en bouleversant la chronologie (le passé se réécrivant sans cesse en fonction du présent), Dupieux propose un nouveau jeu assez virtuose sur la narration, dans une comédie délirante bricolée par l’esprit dérangé d’un réalisateur qui signe également scénario, photo et montage !

Conçu comme un remake loufoque de “Garde à vue” de Claude Miller, “Au poste !” ajoute une dimension supplémentaire au dispositif habituel de Dupieux  : des dialogues ébouriffants, qui ne cessent de se répondre, de se contaminer les uns les autres. Avec, comme leitmotiv, la locution “C’est pour ça”, tic de langage qui se propage d’un personnage à l’autre dans un grand éclat de rires. Des personnages absurdes, handicapés, campés par une galerie d’acteurs épatants (dont l’excellent Grégoire Ludig, découvert dans le “Palmashow”), menés par un excellent Benoît Poelvoorde, dont le sens du rythme et de la comédie reste bluffant. L’acteur namurois se glisse en tout cas comme un poisson dans l’eau dans l’univers sans queue ni tête de Dupieux.

Comme souvent, le cinéaste a un peu de mal à clore sa farce, à retomber les pieds sur terre, se contentant d’une pirouette. Mais on s’en fiche ! Faudrait franchement être mauvais coucheur pour ne pas prendre son plaisir face à cette poilade aussi irrésistible que surréaliste !


© IPM
Scénario, réalisation, photographie&montage : Quentin Dupieux. Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier, Orelsan, Philippe Duquesne… 1h13.