Cinéma Pour son anniversaire à l’écran, la Marvel offre à ses fans un film choral.

C’est un anniversaire à 14,8 milliards de dollars de recettes cumulées : le 30 avril 2008, le premier "Iron Man" inaugurait l’univers cinématographique Marvel. Dix ans et dix-huit films plus tard, il continue son expansion, sans que le "Big Crunch" commercial ne semble s’annoncer.

De cinq super-héros réunis dans le premier "Avengers" (2012), à douze dans "Captain America : Civil War "(2016), vingt-deux sont conviés ici à la fiesta en mode MMA.

Faut-il résumer le scénario ? Il était une fois (de plus), un grand méchant interplanétaire assoiffé de puissance. Soit Thanos (on reconnaît Josh Brolin derrière la mâchoire numérique) qui tente de rassembler les six "pierres de l’infini" qui permettent de plier la réalité à sa volonté (Trump adorerait).


Le récit débute là où s’achevait "Thor : Ragnarok". Thanos met la main sur la deuxième pierre de l’infini. Laissé pour mort, Thor est sauvé par les Gardiens de la Galaxie qui savent dans quel coin de l’espace se trouvent deux des pierres de l’infini. Les deux dernières sont sur Terre : une dans le front de Vision, l’autre sur la poitrine de Docteur Strange que Bruce Banner à tout juste le temps de prévenir avec Tony Stark. L’alerte cosmique sort Captain America et les Vengeurs fugitifs de leur retraite.

Le récit s’éclate sur plusieurs fronts. Les batailles s’enchaînent aux quatre coins du monde et de l’univers. Le scénario n’est pas trop mal ficelé. Ses auteurs Christopher Markus et Stephen McFeely, et les réalisateurs Anthony et Joe Russo se sont fait la main sur les deux derniers "Captain America".

Ça ressemble à un reboot : on booste et on relooke - voir la pilosité d’hypster-baroudeur des deux Chris, Hemsworth et Evans - ce qui ne rend pas le second moins insipide qu’à son habitude. Le premier gagne au second degré qui le place sur le même pied que les Gardiens de la Galaxie. Tandis que Robert Downey Jr et Benedict Cumberbatch s’offrent quelques joutes verbales, avec Tom Holland en sidekick sympathique. Scarlett Johansson est toujours dramatiquement sous-utilisée. Mark Ruffalo a manifestement dealé un temps de présence supplémentaire à l’écran.

Les rencontres entre les personnages des différentes franchises offrent quelques punchlines qui permettent aux acteurs de s’amuser un peu entre deux débauches d’effets spéciaux. Mais leur qualité est noyée sous leur quantité. Les combats s’enchaînent, interchangeables. On connaît la musique comme les acteurs et les cascadeurs leur choré. Chacun joue sa partition, sans fausse note, mais sans grande nouveauté. La bataille finale au Wakanda rappelle celle du tout récent "Black Panther" remixée avec des aliens interchangeables comme dans le premier "Avengers". Cela n’éblouit plus.

Celui qui tire son épingle du jeu est, paradoxalement, Josh Brolin : contrairement aux derniers super-méchants du genre, Thanos est un peu plus consistant. Et l’acteur parvient à transpirer derrière l’avatar numérique, apportant au personnage un brin d’épaisseur.

Ce pur film Marvel, quintessence du genre, ravira les fans, même s’il manque une fois de plus de l’émotion qui fait vibrer et perdurer les grandes sagas cinématographiques. Pourtant, l’intention est là : la perspective d’un génocidaire interstellaire impose des sacrifices (chut, on a promis de ne rien spoiler) mais là aussi, on en rajoute une telle couche que l’effet tombe à plat. Il suffit d’ailleurs de regarder le calendrier de production de la Marvel pour savoir qu’il y a des fausses sorties dans le lot.

Réalisation : Anthony et Joe Russo. Avec Robert Downey Jr., Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Chris Evans, Scarlett Johansson, Chris Pratt,… 2h29.

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