Avec émotion, tendresse, 4e dimension

F.Ds Publié le - Mis à jour le

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Cinéma Quand je serai petit

Le cinéma est un non seulement le plus formidable des trains électriques comme disait Orson Welles, c’est aussi la plus extraordinaire machine à remonter le temps, la miraculeuse possibilité de reconstituer à l’identique un moment de son enfance, son premier amour, la vie de ses parents

Jean-Paul Rouve offre une étrange variation sur ce thème. Alors qu’il voyage avec sa femme, il remarque, sur un bateau, un petit garçon de 10 ans, portrait craché de lui quand il était petit. Le gamin fait partie d’une classe du lycée Guilleminot en voyage scolaire. Lui aussi fréquentait un lycée Guilleminot, mais pas dans le Nord, à Paris.

C’est peu dire que cette rencontre le trouble, l’obsède littéralement. Paysagiste à Paris, il invente n’importe quel prétexte pour se rendre dans le Nord et pister ce gamin qui porte le même prénom que lui, dont la mère ressemble à la sienne et le père trait pour trait au sien. Et de plus animé de la même passion : les avions. Alors que sa vie d’adulte continue à Paris, Matthias revisite sa propre enfance à Dunkerque.

Auteur d’un formidable thriller "Sans arme, ni haine, ni violence", qui se transformait en un portrait fascinant d' Albert Spaggiari, Jean-Paul Rouve essaie totalement autre chose, un film assez inclassable. Ainsi la première sensation dégagée est celle d’un film qui patine, incapable de démarrer. On en connaît, des longs métrages qui démarrent bien mais ne tiennent pas la distance. En revanche, des films qui démarrent mal mais deviennent passionnants à mi-parcours, c’est rare.

En fait, quand sa dimension réaliste/fantastique prend toute sa mesure, le film décolle vers une destination pas très éloignée des "Quartiers lointains" de Sam Garbarski, inspiré de Taniguchi, à la recherche d’un dialogue, d’une deuxième chance entre un père et un fils, et vice versa. Mais plutôt que de recréer des situations autobiographiques, Rouve semble vouloir reconstituer des émotions, des sentiments enfouis.

Au final, Rouve livre un film humble, touchant et au fantastique minimaliste et singulier, le trajet d’autoroute Paris - Dunkerque servant aussi de passage à la quatrième dimension. Il est entouré d’une troupe de comédiens de premier plan dans des rôles secondaires. Miou-Miou, Gilles Lellouche, Claude Brasseur jouent tous modestement, en mineur. Benoît Poelvoorde n’est jamais aussi bouleversant que lorsqu’il joue la pudeur derrière la bonne humeur. Et rien que pour voir Xavier Beauvois mentir, le film vaut le détour.

Petit conseil au spectateur : ne partez pas avant la fin du générique. A la manière de Haneke dans "Caché", Jean-Paul Rouve propose une clef au spectateur.

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