Cinéma Des chiens animés pas comme les autres au menu du second film d’animation du petit génie texan.

Dès le premier plan de "L’île aux chiens", au cadre strict et fourmillant de détails, impossible de se tromper, on est bien chez Wes Anderson. Optant pour la technique de l’animation en stop-motion, comme pour son génial "Fantastic Mr Fox" il y a 8 ans, le réalisateur s’offre ici une nouvelle fantaisie formellement ébouriffante.

Dans un Japon légèrement futuriste, Kobayashi, maire de la ville de Megasaki, a pris des mesures drastiques pour lutter contre la grippe canine : tous les chiens ont été exilés au large, sur une île-décharge. Mais son jeune neveu Atari, 12 ans, refuse cet état de fait et se rend sur place pour retrouver son chien Spots. Là, il est aidé dans ses recherches par Chief, un chien errant agressif, et ses quatre copains : Boss, King, Duke et Rex…


Et c’est parti pour 100 minutes d’explosion visuelle et sonore, où l’univers si singulier d’Anderson se fond complètement dans l’esthétique nippone. Tandis que côté voix, c’est comme toujours du caviar : Bryan Cranston, Bill Murray, Jeff Goldblum, Harvey Keitel, Edward Norton, Scarlett Johansson, Greta Gerwig… Excusez du peu !

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Si "The Fantastic Mr Fox" était l’adaptation d’une histoire de Roald Dahl, "L’île aux chiens" se base sur un scénario original, imaginé avec trois amis proches d’Anderson : l’acteur Jason Schwarzman (quasiment de tous ses films), son cousin Roman Coppola (le frère de Sofia) et le Japonais Kunichi Nomura (pour la garantie d’authenticité nippone). Ce que l’on perd en simplicité - le film aura sans doute un peu de mal à parler aux enfants -, on le gagne en singularité. Le cinéaste creuse en effet toujours ici les thèmes qui lui sont chers. Et notamment, comme dans le magique "Moonlight Kingdom", le refus par les enfants d’accepter le monde injuste et laid que leur imposent les adultes.

Car si "L’île aux chiens" est un divertissement pétillant - mené tambour (nippon) battant -, la dimension politique est à nouveau présente, comme dans "The Grand Budapest Hotel". Notamment à travers ce personnage de dictateur populiste qui, malgré ses traits asiatiques, n’est évidemment pas sans rappeler Donald Trump.

Là où "The grand Budapest Hotel" était imprégné de Thomas Mann et de la littérature de la Mitteleuropa, "L’île aux chiens" est un hommage revendiqué au cinéma d’Akira Kurosawa, avec des références évidentes aux "Sept Samouraïs" ou à "Kagemusha" mais aussi, pour l’ambiance, aux petits polars urbains du maître nippon. Autant de références qui permettent de canaliser l’imagination toujours aussi explosive de Wes Anderson. Lequel, avec son homonyme Paul Thomas Anderson mais dans un style radicalement différent, est clairement l’un des plus grands cinéastes hollywoodiens contemporains.


Réalisation : Wes Anderson. Scénario : Wes Anderson, avec J.Schwarzman, R.Coppola et K. Nomura. Photographie : Tristan Oliver. Musique : Alexandre Desplat. Avec les voix anglaises de Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum… 1 h 41.

© IPM

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