Cinéma Retour sur le match de tennis historique qui, en 1973, opposa la championne Billy Jean King et le vétéran Bobby Riggs.

En 1972, à l’issue de sa 3e victoire à l’US Open, Billy Jean King (Emma Stone) s’attaque publiquement à Jack Kramer (Bill Pullman), l’un des responsables de la US Tennis Association. Elle réclame pour les joueuses les mêmes primes de match que les hommes. Comme celui-ci refuse, Billy Jean décide, avec quelques joueuses stars - dont l’Australienne Margaret Court (Jessica McNamee) - de créer une association féminine concurrente, la WTA. Laquelle dispose rapidement de ses propres sponsors et de son propre circuit de tournois…

Champion à la retraite fantasque, parieur invétéré, Billy Riggs (Steve Carell) voit là une belle opportunité de retrouver la chaleur des spotlights. Il s’invite en effet dans le débat qui déchire le tennis américain en défiant Billy Jean King de l’affronter sur un court. Celle-ci refuse dans un premier temps mais, pour faire avancer la cause des tenniswomen professionnelles, elle se sent vite obligée de relever le défi…

Joueuse respectée - le complexe de Flushing Meadows à New York porte désormais son nom -, Billy Jean King n’a pas seulement été une championne exceptionnelle, six fois victorieuse à Wimbledon et quatre fois à l’US Open. Elle a aussi été l’une des voix les plus fortes du tennis féminin et, plus largement, du combat féministe. C’est cet angle que développent Valerie Faris et Jonathan Dayton. Leur film ne se borne en effet jamais à la simple reconstitution de ce match de tennis, fût-il historique - lequel avait d’ailleurs déjà été porté à l’écran en 2001 dans le téléfilm "When Billie Beat Bobby", avec Holly Hunter et Ron Silver.

Du tennis, on n’en voit en effet pas beaucoup dans cette "Bataille des sexes", surnom donné au match par la chaîne ABC, qui le retransmettait en prime time depuis l’immense Astrodrome de Houston, le 13 mai 1973. L’issue du match étant connue, le suspense n’est en effet pas ce qui intéresse le couple de cinéastes. Ce qu’ils choisissent de traiter dans ce feel-good movie féministe, ce sont plutôt les enjeux politiques et sociologiques que révélait ce grand show à l’américaine. L’occasion de se souvenir du chemin parcouru par les luttes féministes depuis 45 ans. Même si, comme le montre tous les jours un peu plus l’actualité récente, il reste encore pas mal de boulot pour parvenir à l’égalité homme-femme.

Pour camper ce duo charismatique, les deux cinéastes de "Little Miss Sunshine" et "Ruby Sparks" ont fait appel à Emma Stone et Steve Carrel. Déjà réuni à l’écran en 2011 dans "Crazy, Stupid, Love", le duo est impeccable. Dans leur registre respectif, les deux comédiens apportent une vraie complexité à ces deux personnalités antagonistes, pour ne pas dire caricaturales, dans l’image que donnaient d’eux les médias en tout cas : la féministe d’un côté et le macho revendiqué de l’autre, qui affirmait se battre pour ramener les femmes à leur place : en cuisine et dans la chambre à coucher.

A travers ce récit, Farris, Dayton et leur scénariste britannique Simon Beaufoy ("127 Hours", "Everest"…) abordent également une autre cause. En coulisses de la bataille sur le court, "Battle of the Sexes" met en effet en scène la relation entre Billy Jean King, pourtant mariée, et sa jeune coiffeuse Marilyn Barnett (campée par l’excellente Andrea Riseborough). Le procédé permet non seulement d’humaniser la star de la raquette mais aussi d’élargir la lutte pour l’émancipation des femmes à celle des droits LBGT, dont est aussi un symbole Billy Jean King, première sportive à avoir fait son coming out… Ces combats lui vaudront d’ailleurs de recevoir la médaille présidentielle de la Liberté des mains du président Obama en 2009.


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Réalisation : Valerie Faris&Jonathan Dayton. Scénario : Simon Beaufoy. Photographie : Linus Sandgren. Musique : Nicholas Britell. Avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Bill Pullman, Alan Cumming, Elisabeth Shue… 2 h 01.