Cinéma Kiyoshi Kurosawa tente une variation existentielle sur le film d’extraterrestre.

Une écolière japonaise, Akira, (Yuri Tsunematsu) arpente une banlieue résidentielle avant d’entrer dans une maison. Un instant plus tard, un hurlement surgit et une vieille dame ensanglantée tente de s’échapper de la demeure, avant d’y être brutalement happée par une force inconnue. Plus tard, l’écolière marche au milieu d’une autoroute, et provoque un carambolage.

Le début de "Before We Vanish", vingt-deuxième film de Kiyoshi Kurosawa, semble augurer un film de genre spectaculaire. Les quelque deux heures suivantes sont plus diffuses, réflexion sur les relations humaines en un pastiche existentiel du film d’invasion extra-terrestre à la "Body Snatchers".

On comprend en effet qu’une avant-garde d’entités venues d’ailleurs s’est emparée de l’enveloppe corporelle d’une poignée d’individus. La quête de ses envahisseurs ne consiste pas tant à repérer les lieux qu’à appréhender nos émotions et notre nature. Chaque fois qu’ils cernent un concept, ils le "volent" à leur interlocuteur qui, en retour, se réveille avec une forme d’amnésie partielle.

Outre l’écolière, l’un de ces visiteurs est Amano (Mahiro Takasugi), un jeune homme qui prend comme guide un journaliste, Sakurai (Hiroki Hasegawa). D’abord perplexe, convaincu d’avoir affaire à un fou, il suit néanmoins Amano. Lequel, s’en tenant à une éthique singulière, s’abstient de voler tout concept à Sakurai.

Un troisième envahisseur a pris possession du corps de Shinji (Ryuhei Matsuda), un homme dont la relation avec sa femme Narumi (Masami Nagasawa) bat de l’aile. Celle-ci, perplexe face au nouveau comportement de son époux, alterne entre agacement et désespoir, avant de reconstruire une intimité sur cette page blanche.

Tout ce beau monde se retrouver rapidement traqué par une officine du gouvernement, suite notamment aux agissements violents d’Akira.

Le prolifique réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa s’approprie régulièrement des genres (thriller, fantastique, serial killer) qu’il revisite sur un mode méditatif. Il mène cette intrigue polyphonique avec un bonheur inégal et des ruptures de ton qui peuvent déstabiliser. Des moments comiques, voire burlesques, alternent avec quelques scènes d’action et beaucoup d’échanges vaguement philosophiques, méditation sur la nature humaine, nos émotions ou nos relations - le tout à l’aune des codes sociaux japonais.

Sur la forme, cela rappelle ces films de science-fiction low-cost qui surgissent régulièrement (Kurosawa a dû voir en son temps le culte "Hidden", autre variation sur "Body Snatchers").

Les amateurs du réalisateur de "Cairo", "Jellyfish" ou "Tokyo Sonata" ou de la mini-série "Shokuzai" trouveront leur comptant dans ce Kurosawa mineur.

Les autres seront perplexes face à cet objet filmique non identifié, un brin longuet, et qui ne nous dit jamais ce que ces extraterrestres attendent de cette invasion intello.

Réalisation : Kiyoshi Kurosawa. Avec Mahiro Takasugi, Hiroki Hasegawa, Ryuhei Matsuda,… 2h09.

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