Belmondo, itinéraire d’un acteur gâté

F. Ds Publié le - Mis à jour le

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Cinéma

Soirée de gala, hier au Bozar, à Bruxelles, où Jean-Paul Belmondo a reçu la médaille de l’Ordre de Léopold remise par Fadila Laanan et Jean-Charles Luperto, ministre de la Culture et président de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Petit-fils d’un forgeron italien qui s’était installé à Alger, fils d’un sculpteur qui s’engagea sous le drapeau français entre 1914 et 1918, Jean-Paul Belmondo accomplit sa première cascade le 9 avril 1933. Il vit son enfance à Paris et sa passion pour le sport dépasse de loin celle de l’algèbre, ce qui l’amène à sécher les cours de maths pour ceux de boxe. Toutefois, lorsque ses parents lui demandent ce qu’il veut devenir, il répond : "acteur". Alors maman Belmondo l’emmène régulièrement au théâtre avec son frère Alain. Il doit s’y reprendre à deux fois pour entrer au conservatoire où il est versé dans la classe de Pierre Dux, lequel n’apprécie pas du tout cet énergumène. Celui-ci préfère s’amuser avec ses potes Marielle, Cremer, Rich, Rochefort La nuit, il fréquente les artistes et les voyous qui le surnomment Bébel. A l’heure du concours de 1955, il n’obtient qu’un premier accessit. Vexé, il décide de répéter son année pour obtenir un premier prix, ticket d’entrée pour la Comédie française. Au concours 1956, son interprétation de Scapin enchante le public mais le jury ne lui accorde même plus un accessit. Le palmarès est copieusement sifflé ; la salle tonne "Belmondo, Belmondo, Belmondo, Belmondo" ; trois de ses camarades le portent en triomphe sur la scène où Jean-Paul adresse un bras d’honneur au jury. Depuis cette scène mémorable, il décide de ne plus s’en remettre qu’au public pour juger son travail, mais la blessure restera profonde. En 1959, Godard lui propose le rôle principal de son premier long métrage, "A bout de souffle". Belmondo y impose un naturel, un dilettantisme, une modernité exceptionnelle. Propulsé vedette, il n’a peur de rien, ni de se planter, ni du ridicule et enfile la soutane de "Léon Morin Prêtre" que lui propose Melville. Le pari est insensé. Un demi-siècle plus tard, il est toujours gagnant. Belmondo est d’une aisance absolue, d’une liberté totale, d’une incandescente subtilité, d’une crédibilité de chaque instant. Il révolutionne totalement le jeu comme Brando aux Etats-Unis. A la fin de "Pierrot le fou", en 1965, Belmondo s’entoure la tête d’une ceinture de bâtons de dynamite et boum. L’image est sans ambiguïté, Godard veut détruire le cinéma. Belmondo explose aussi. Il va renaître mais en défenseur de la tradition, d’un jeu appuyé. L’acteur le plus original va devenir le plus stéréotypé ; le plus inventif va devenir conventionnel.

Belmondo ne croit qu’au public, c’est lui qu’il veut séduire. Et de Broca va lui en donner les moyens avec des comédies qui exploitent son tempérament dans "Cartouche", dans "L’Homme de Rio", dans "Les Tribulations d’un Chinois en Chine". La page "Nouvelle vague" est tournée, voila Bébel star numéro 1 du cinéma français. Il a les épaules larges, il fait rire les filles, il est le bon copain idéal, il déborde d’énergie et de sympathie, il occupe tout l’écran. Les collègues ne font que passer ou servir la soupe. Quant au charme, aucune belle ne lui résiste ou alors pour la forme. Dès lors, on pourrait numéroter les "Belmondo" comme les "James Bond" tellement ils sentent le cahier de charges : ce doit être pétaradant, spectaculaire, viril et surtout divertissant. Quand le show est bien écrit, on en redemande. Mais ce n’est pas tous les ans. Et Bébel d’en remettre une couche pour faire passer le goût un peu fade du scénario, le peu d’inspiration de la réalisation. Et avec le temps, le voyou d’"A bout de souffle" se mue en justicier. Une fois tous les dix ans, il se souvient d’avoir été l’acteur de la Nouvelle Vague, mais personne ne le suit quand il va chez Truffaut ("La Sirène du Mississipi") ou Resnais (l’affaire "Stavisky") alors qu’ils sont des millions à se presser pour voir "Peur sur la ville" ou "L’As des as". Au début des années 80, le public commence à se lasser, "Le Marginal" devient de plus en plus "Solitaire". Le chant du cygne s’appelle "Itinéraire d’un enfant gâté", son dernier succès, film choisi pour cet hommage au Bozar. Belmondo se tourne alors vers le théâtre, en achète un carrément, et s’offre des rôles à sa mesure comme celui de Kean. En 2001, un AVC l’attend au tournant alors qu’un successeur sort Dujardin.

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