Cinéma

Gardien star de l’équipe locale de handball dans une petite ville à une heure de bus de Rio, Fernando Santi est repéré par un chasseur de têtes, qui lui propose d’aller jouer en Allemagne. Très fier, son père Klaus (Otavio Muller) est heureux de cette opportunité, qui pourrait lui permettre d’échapper à la relative pauvreté dans laquelle vit la famille. Sa mère Irène (Karine Teles) a par contre du mal à accepter le départ de son grand fils de 17 ans. Elle ne peut se résoudre à voir s’envoler pour l’autre bout du monde celui qu’elle regarde toujours comme son bébé… Et ce, même si elle est totalement débordée, entre le diplôme qu’elle est en train de passer, son petit boulot, ses trois autres fils et un mari investisseur amateur. Sans compter que sa sœur Sonia (Adriana Esteves) et son fils débarquent à leur tour dans sa petite maison familiale pour échapper à un mari violent…


Pour son second long métrage huit ans après Ricardo, Gustavo Pizzi signe un film que l’on sent très personnel, une histoire familiale toute simple mais qui sonne juste. Grâce à son regard à la fois tendre, sur le quotidien de cette famille débordée, et cruel, sur les inégalités sociales qui règnent au Brésil. Son film, le réalisateur le conçoit comme un conte social réaliste, avec un jeu constant sur la métaphore de cette maison qui, littéralement, prend l’eau de toutes parts et est en train de s’écrouler. A l’image d’une famille forcée de se séparer d’un enfant, même si c’est pour un mieux.

Si, malgré une tendance appuyée pour le sentimentalisme dans la description de l’amour inconditionnel d’une mère pour son enfant, Benzinho frappe juste, c’est aussi et surtout grâce à son casting. Plus que des acteurs, Pizzi a choisi des gueules pour créer cette famille unie, qui existe tout le temps à l’écran, dans les scènes quotidiennes, comme dans les scènes de fête ou de crise. Le cinéaste a d’ailleurs poussé le jeu de l’authenticité jusqu’à faire jouer sa propre femme, Karine Teles - qui, comme pour Ricardo, cosigne également le scénario -, mais aussi leurs jumeaux. Lumineuse, l’actrice (vue récemment dans Une seconde mère d’Anna Muylaert) campe avec un mélange d’énergie et de fragilité cette mère courage qui, malgré son chagrin, se bat pour conserver sa dignité à cette famille au bord de l’éclatement…

Réalisation : Gustavo Pizzi. Scénario : Gustavo Pizzi & Karine Teles. Photographie : Pedro Faerstein. Musique : Maximiliano Silveira. Montage : Lívia Serpa. Avec Karine Teles, Otavio Muller, Adriana Esteves, Cesar Troncoso, Konstantinos Sarris… 1 h 37.

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