Cinéma Une production belge techniquement réussie mais convenue sur la forme.

Orphelin, Adam grandit avec sa mère. Souffre-douleur des trois brutes de son école, l’adolescent subit des changements morphologiques étranges : ses pieds grandissent à vue d’œil, ses sens se développent. Des lettres trouvées sous le plancher de sa maison le mettent sur les traces de ses origines - et le chemin d’un fabricant de lotion capillaire.

Sixième long métrage d’animation du Belge Ben Stassen - coréalisé avec Jérémie Degruson - "Bigfoot junior" confirme l’excellence technique de son studio bruxellois nWave qui n’a rien à envier à ses grands homologues nord-américains. On s’y tromperait : l’esthétique, la narration, les référents sont ceux de l’animation hollywoodienne. C’est sa force - et sa faiblesse.

A l’aune de la première, on peut saluer une fois de plus cet art de faire jeu égal avec les mastodontes de l’industrie, avec un budget qui ne doit même pas représenter la moitié des frais promotionnels d’un "Cars 3".

Mais la seconde transparaît d’autant plus face à une concurrence pléthorique que "Bigfoot Junior" pâtit d’un scénario convenu et prévisible.

Le méchant, ses sbires ou son repère sortent d’un James Bond et de tous les films qui repiquent ou parodient les mêmes stéréotypes depuis six décennies. Idem avec la bande d’animaux/pieds-nickelés.

Quant à l’intrigue familiale, réglée en une pichenette, elle ne dégage aucune émotion - un comble. Les personnages ne sont que des silhouettes préfabriquées, bien animées mais sans relief - abstraction faite de la 3D. Beaucoup de scènes sont des variations mécaniques d’autres modèles (le sprint d’Adam dans la forêt rappelle celui de Dash dans "Les Indestructibles"). On pourra arguer que le jeune public ciblé n’a pas les référents précités. Mais faut-il pour autant lui offrir si peu d’originalité ?

C’est d’autant plus regrettable que les équipes de nWave ont acquis une solide expérience et ont fait montre de leurs talents intrinsèques. Elles pourraient synthétiser le bronze en or, mais on leur fait dupliquer de l’argent.

Ultime paradoxe hérité d’Hollywood : vanter à l’écran les vertus de la différence, tout en se coulant dans le moule.


© IPM
Réalisation : Ben Stassen et Jérémie Degruson. 1h31.