Cinéma "Black Panther" est le premier super-héros africain en vedette d’un blockbuster. Au-delà de l’opportunisme commercial, Ryan Coogler signe un film consistant.

Le film de super-héros est un genre surexploité, menacé de burn out. Pour préserver ce veau d’or, la Marvel y insuffle un brin de nouveauté depuis deux ans. Après "Ant-Man" ou le premier "Gardiens de la Galaxie", "Black Panter" constitue à ce jour sa meilleure régénération.

Malgré une structure narrative codifiée, le dix-huitième long métrage de l’Univers Cinématographique Marvel s’impose comme l’un des plus atypiques, tel "Wonder Woman" (du concurrent DC/Warner) l’été dernier.

Suite à l’assassinat de son père ("Captain America : Civil War"), T’Challa hérite du trône du Wakanda. Sous son apparente misère, ce royaume d’Afrique de l’Est cache une civilisation avancée, puisant ses ressources des mines de vibranium. Ce métal rare aux propriétés fantastiques pourrait en faire une puissance mondiale.

Outre la couronne, T’Challa porte aussi le costume high-tech de Black Panther, gardien du royaume. Mais son nouveau rang est contesté par un rival inattendu, qui menace le pacifisme historique du pays.

"Black Panther" est le premier film de super-héros dont la vedette est un héros noir. En dehors d’Andy Serkis et de Martin Freeman, le casting est exclusivement afro-américain et africain. Reprenant le rôle-titre, Chadewick Boseman est entouré de Forest Whitaker, Michael B. Jordan ("The Wire", "Creed"), Daniel Kaluuya (nommé à l’oscar d’interprétation pour "Get Out"), Angela Basset, Lupita Nyong’o, Letitia Wright ou Dani Gurira.

Ces dernières renforcent la diversification, avec des personnages féminins des plus actifs : une figure maternelle, une espionne de charme, une sœur geek et une guerrière patentée. La relation de chacune avec T’Challa donne aux personnages du relief.

Les acteurs font un peu plus que de la figuration entre deux bastons. Le charismatique Michael B. Jordan vole presque la vedette à Boseman. Mais ce dernier confère à T’Challa une fragilité bienvenue, également atypique.

Ryan Coogler, réalisateur remarqué de "Fruitvale Station" et "Creed", respecte le cahier des charges de Marvel, mais s’offre quelques plaisirs. Une incursion dans un casino de Séoul tourne au James Bond "all black" (avec Wright en Q juvénile, Nyong’o et Gurira en femmes létales, et Freeman en Felix Leiter, le "brother in arms" de la CIA).

Sur le canevas classique de la transmission et de la rédemption (le fils doit réparer l’erreur du père), "Black Panther" approche ce que les productions Marvel n’avaient pas réussi jusqu’ici : bâtir une mythologie. Ce Wakanda, avec sa capitale remixant Singapour aux couleurs africaines, fait rêver comme une Terre du Milieu. Un univers un peu toc, comme les couchers de soleil filtrés ou l’accent de Boseman, mais peut-être aurait-il eu plus de consistance si Coogler avait signé pour trois films.

A peine cryptée, l’antagonisme du récit fait écho au clivage du mouvement pour les droits civiques entre tenants de la non-violence et partisans de la force. Le Wakanda doit-il mettre ses ressources au service de ses frères et sœurs opprimés, descendants des esclaves et colonisés d’hier ?

Un débat qui évoque quelques démons contemporains - encore une nouveauté chez Marvel. Si "Black Panther" se garde d’une réponse tranchée, la classique séquence post-générique, où T’Challa s’adresse aux Nations unies, n’est pas anodine : "en ces temps de division, il faut bâtir des ponts et non construire des murs." Suivez son regard...

© ipm

Réalisation : Ryan Coogler. Avec Chadewick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o, Letitia Wright,… 2h14.