Cinéma Plus que ses adversaires, Vinny Pazienza joue sa vie sur le ring Miles Teller, le batteur de "Whiplash", devient boxeur

Pour s’imposer dans son genre, le film de boxe se doit de proposer un regard singulier, d’ajouter un élément permettant d’appréhender d’un autre angle, cette scène carrée et brutale.

Que va bien pouvoir rajouter Vinny Pazienza dont Ben Younger va raconter l’histoire vraie à "Charlot Boxeur", à "Gentleman Jim", à "Fat City", à "Rocky", à "Champion", à "Million Dollar Baby", à "When we were Kings", à "Raging Bull" ?

On croit deviner assez vite. C’est l’histoire d’un chien fou qu’il faut dresser, discipliner, s’il veut atteindre ses objectifs. Le garçon est un fighter, son énergie est stupéfiante, sa capacité d’encaisser inouïe ; mais il manque de technique et se retrouve au tapis, voire à l’hosto, car il a préféré passer la veille du combat au casino.

La rencontre avec un entraîneur qui a quelque chose à se prouver, va lui apprendre le distinguo entre prendre un risque et s’en remettre au hasard. Vinny a pris le risque de changer de catégorie mais, cette fois, il n’a rien laissé au hasard dans sa préparation.

Le voilà champion du monde après 3/4 d’heure de film. Que reste-t-il à ajouter ? Une touche de couleur d’immigration italienne, un couplet sur la relation fils-père. Quand paf, un accident de voiture. Cou cassé. Le médecin se demande s’il remarchera un jour alors que Vinny est persuadé qu’il remontera sur le ring.

Suspense. Sauf qu’une volonté de fer ne suffit pas. Pour boxer, il faut être deux, et même un peu plus pour Vinny.

Primo, il lui faut son premier supporter, son père. Mais après l’avoir vu frôler la mort, celui-ci est horrifié à l’idée de le revoir prendre des coups. Deuzio, il lui faut un entraîneur. Mais son coach ne peut accepter l’idée de reconstruire patiemment un athlète pour voir un uppercut le paralyser à vie, au mieux. Tertio, il lui faut un adversaire. Mais frapper un homme qu’on a vu en fauteuil roulant avec un halo métallique vissé sur la tête, c’est au-delà des forces d’un champion.

Chaque boxeur joue sa vie sur un ring, physiquement et symboliquement, mais Vinny plus encore que les autres. Et la violence est d’autant plus intense que sa stratégie est singulière. Il passe les premiers rounds à se laisser bombarder pour atteindre une sorte de point anesthésiant à partir duquel il peut rendre la politesse à son adversaire et lui permettre de déguster à son tour.

Après la dramédie de "Prime" avec Meryl Streep, Ben Younger, réalisateur et scénariste, témoigne d’une efficacité dans un autre genre et d’une capacité à pousser ses acteurs… dans les cordes. Miles Teller, le batteur de Whiplash, le complice de Jonah Hill dans "War Dogs", explose ici définitivement entre Aaron Eckhart métamorphosé et un Ciarán Hinds italianissime (bien que pur irlandais d’origine).

Après pareil film, l’expression "une volonté de boxeur" mériterait d’entrer dans la vie courante.


© IPM
Réalisation, scénario : Ben Younger. Avec Miles Teller, Aaron Eckhart, Katey Sagal, Ciarán Hinds… 1 h 57.