Cinéma

Tout "Borg vs. McEnroe" tend vers l’unique affrontement de la finale de Wimbledon en 1980 entre le Suédois Bjorn Borg, alors numéro un mondial, et l’Américain John McEnroe, alors valeur montante mais mal aimé à cause de son caractère impulsif. Le match était capital pour Borg : remporter le titre pour la cinquième fois consécutive ferait de lui le premier à réussir l’exploit. C’était au temps des cheveux longs, des serre-têtes en éponge et des raquettes Donnay. Il avait 25 ans et était l’équivalent d’une rock-star du tennis.

Mais que cherche à nous raconter ce film ? Contrairement à "Rush", ce n’est pas le récit d’une rivalité personnelle. Le scénario fait même l’impasse sur les sept matchs précédents entre McEnroe et Borg - dont quatre à l’avantage du dernier. A la vision du film, on jurerait qu’il s’agit de la première rencontre.

Plutôt que la lutte entre eux, c’est celle contre leurs démons qui est montrée. Borg doute de son invincibilité. McEnroe, mal aimé à cause de son tempérament impulsif, cherche la reconnaissance. Ce double regarde se fait à l’avantage à Borg, le film étant produit en Scandinavie.

Le constat est paradoxal. Enfant et adolescent, Borg était comme McEnroe : colérique et vindicatif. Son entraîneur Lennart Bergelin (Stellan Skarsgard) canalisa ses émotions dans son jeu. Borg devint un iceberg, un control freak et une légende du tennis. Mais McEnroe, son antithèse, le fut aussi. Si le film les oppose formellement, sur le fond, aucun des deux n’est supérieur à l’autre, comme le démontra leur destin.

Si le perfectionnisme de Borg est rappelé, jusqu’à la caricature, celui de McEnroe - qui motivait pourtant ses colères légendaires - est ignoré : on ne le voit jamais s’entraîner mais uniquement planifier le déroulé du tournoi et de ses victoires, comme si la technique et le physique ne comptaient pas.

"Peut-on parler de tennis ?" renvoie souvent McEnroe à ses critiques. C’est aussi ce que ce film néglige. L’art des deux champions est réduit à des stéréotypes : Borg est le "marteau", souvenir de ses débuts dans le hockey; McEnroe "le gaucher". Un duel de caricatures pour des orfèvres de la raquette…

La tension dramatique en devient artificielle, a fortiori si on connaît le résultat de la fameuse finale. Janus Metz Pedersen essaye tant bien que mal de magnifier à l’écran sa reconstitution des échanges. C’est techniquement abouti, mais cela ne transcende en rien le suspense d’un tel match lorsqu’on y assiste en direct. La caméra place à peine le spectateur au cœur des échanges. La majorité du temps, elle retrouve même sa place naturelle des retransmissions : au fond du cour, derrière un des joueurs.

Dans le rôle de Borg, Sverrir Gudnason n’a pas grand-chose à défendre, tant son personnage est un bloc monolithique. Shia LaBeouf en McEnroe est plus habité, traduisant la rage juvénile de l’Américain tout en cherchant à lui conférer une profondeur émotionnelle. De quoi rêver à ce qu’un "McEnroe vs. McEnroe" aurait pu être.


© IPM
Réalisation : Janus Metz Pedersen. Avec Sverrir Gudnason, Shia LaBeouf, Stellan Skarsgard,… 1h40