Cinéma

Pendant 18 ans, Bouli Lanners a vécu sur une péniche de 24 mètres, "un Luxmotor de 1902" qu’il a entièrement retapé et amarré sur le petit canal de l’Ourthe à Liège. Un lieu qu’il a "créé" avec son voisin, l’aménageant, plantant des arbres... "L’endroit est public, je peux y retourner quand je veux. J’ai gardé un emplacement avec un bateau. J’ai mon potager, mes groseilliers. Dès qu’il fait beau, j’y vais." Même s’il continue de parler avec enthousiasme de navigation -il prend d’ailleurs quelques jours de vacances la semaine prochaine sur les canaux du Nord de la France-, le cinéaste belge a tourné la page de cette vie au fil de l’eau. "Dix-huit ans dans la péniche, c’était bien mais je manquais d’espace. Ma vie était rangée dans des cartons déposés dans des garages. Mes toiles (la première vocation de Bouli était en effet la peinture, NdlR), tous les tableaux que j’ai achetés étaient éparpillés. Le temps était venu de m’installer dans une maison avec ma femme. Comme un couple normal " Revendue la péniche, revendu l’appartement bruxellois de Madame. Depuis février, Bouli a posé ses affaires dans une "belle baraque".

Construite à flan de colline derrière la gare des Guillemins, celle-ci possède un charme rustique. Rien de clinquant ici, juste du vrai, à l’image de son propriétaire. La photo du grand-père maternel, en uniforme militaire et moustache impeccable, trône dans la cuisine. Dans le salon, une belle cheminée noire carrelée fait face à un canapé en cuir noir patiné par le temps. Sur le petit poêle, est posé un écran plat de taille modeste, relié à un lecteur DVD et un vieux magnétoscope. Sur la table basse, une édition d’"Ubu rwè" traduit en liégwès Tandis qu’au mur, une tête de sanglier empaillée rappelle les origines ardennaises de Bouli. Dans l’immense bibliothèque, on remarque peu de dvd (surtout du cinéma d’auteur américain et quelques séries HBO) mais beaucoup de CD, de livres et une collection de BD : "Tintin", "Astérix", "Blake et Mortimer" Mais aussi des œuvres plus récentes, comme "Blast", que Bouli rêverait d’adapter à l’écran. Ses premières planches de BD noir et blanc, torturées, sont en effet assez proches de l’univers sombre de Manu Larcenet.