Cinéma Biopic de Robert Cavendish, l’homme qui libéra les malades de la polio.

Un film peut en dire long sur un inconscient national. Le cinéma britannique semble faire corps, ces temps-ci, avec ce qui nourrit la certitude d’un particularisme insulaire, ferment du Brexit.

Récit édifiant du combat authentique d’un couple contre la maladie, "Breathe" flatte une certaine conception du génie britannique, du bon sens populaire, de la solidarité de classe ou de la défiance envers les élites. Le tout au prix de quelques clichés, de bons sentiments et de chromos policés.

L’origine du film est noble. Robert Cavendish, négociant en thé, fut victime de la poliomyélite en 1958. Tout juste âgé de 28 ans, fraîchement marié à Diana et en passe de devenir père, Cavendish, paralysé, était condamné par les médecins à rester immobilisé dans un lit d’hôpital, sous assistance respiratoire, en attendant une mort aussi certaine que prochaine.

D’abord résigné, implorant sa mort, Cavendish, soutenu par la détermination de sa femme va entreprendre le combat d’une vie. Il changera à jamais le destin des victimes de la polio, non seulement en Grande-Bretagne, mais dans le monde.

Son destin exceptionnel et exemplaire est de ceux que le cinéma affectionne. Des émotions, des larmes, des crises, de l’amour inconditionnel jusqu’à la lie : tout y est. Les acteurs en rêvent : toute la palette de leur art est mise à l’épreuve. Andrew Garfield fait étalage de son charisme juvénile, se remettant de ses parenthèses physiques et hollywoodiennes ("The Amazing Spider-Man", "Hacksaw Ridge") tandis que Claire Foy, moins corsetée que dans "The Crown", gagne en chaleur. Autour d’eux, des visages familiers s’amusent (notamment Tom Hollander et Hugh Bonneville).

"Breathe", dans son enthousiasme, dans ses excès et dans son doux populisme, est le reflet d’Andy Serkis, dont c’est la première réalisation. L’acteur de composition qui se cache derrière Gollum, King Kong ou le César de "La planète des singes", ne s’est jamais distingué, au naturel, par son art de la nuance. Il en va de même derrière la caméra.

Chaque scène est là pour émouvoir, édifier ou divertir, au risque de manier les stéréotypes avec un soupçon de condescendance (flamenco et sangria en Espagne) ou d’arrogance morale (froideur industrielle digne des nazis dans un centre médical allemand).

A l’opposé, la mythologie britannique est surjouée : résilience populaire (les Cavendish), génie bricoleur (comme il se doit, le fauteuil révolutionnaire est conçu dans un garage), soutien de la NHS (la sécu sociale britannique, issue du consensus de la Seconde Guerre mondiale), music-hall cockney (les jumeaux joués par Tom Hollander), le tout dans un décor de campagne bucolique (sublimé par des filtres). Un entre-soi salvateur, qu’on devine propre à ravir Boris Johnson, Michael Gove et Nigel Farage.


© IPM
Réalisation : Andy Serkis. Avec Andrew Garfield, Claire Foy, Tom Hollander, Hugh Bonneville,… 1h57