Cinéma

Au départ, la rencontre était prévue à 20h30 ce lundi soir mais c’est avec dix minutes d’avance qu’Emmanuelle Béart a pénétré dans le superbe écrin rénové du Musée de la vie wallonne, situé en plein cœur historique de la Cité ardente. Liège, une ville qu’elle affirme ne pas beaucoup connaître mais où elle vient de passer une semaine consacrée au tournage du nouveau film de la romancière et réalisatrice française Virginie Despentes.

Intitulé "Bye Bye Blondie" et adapté de son roman éponyme - ainsi que cette dernière l’avait déjà fait en 2000 avec "Baise-moi" -, ce film, qualifié de "comédie romantique punk-rock" par son auteur, raconte une histoire d’amour. Mais une histoire pas commune, celle d’un amour de jeunesse entre deux femmes, Gloria et Frances, qui ressuscite vingt ans après avoir été brusquement interrompu. La première, dont le personnage est interprété par Béatrice Dalle, vit à Nancy, sans travail ni famille tandis que la seconde, incarnée par Emmanuelle Béart, habite Paris où elle est présentatrice vedette de télévision. Et alors que dans le livre de Despentes, Frances est en fait Eric, cette dernière a délibérément voulu filmer une histoire d’amour entre lesbiennes.

Ce n’est donc pas un rôle "facile" qu’a accepté de jouer Emmanuelle Béart, âgée - déjà - de 47 ans (le 14 août) et dont la filmographie, pour le moins diversifiée, impressionne, elle qui allie encore charme, naturel, sensualité et simplicité. Et cette dernière, se livrant lundi soir au jeu de l’interview, d’expliquer son choix.

"Bye Bye Blondie, c’est d’abord et avant tout le choix de l’univers d’une réalisatrice, Viriginie Despentes", affirme ainsi la comédienne française, rejoignant par là même la motivation affichée de sa partenaire. Et la fille du chanteur Guy Béart de poursuivre, au sujet de la réalisatrice : "Son univers m’était totalement étranger mais j’avais envie de m’y plonger. Avec elle, je pense qu’il est impossible de s’ennuyer et je suis convaincue qu’on est en train de faire un bon film".

Une autre raison avancée par l’inoubliable interprète de "Manon des sources", "La Belle Noiseuse" et "Nelly et Monsieur Arnaud" est la présence de sa consœur Béatrice Dalle sur ce projet ambitieux. "Il est clair que la présence de Béatrice Dalle, une comédienne dont j’admire le travail, a joué, assure-t-elle ainsi. "C’est passionnant de se lever le matin pour tourner un film comme celui-ci". Enfin, Emmanuelle Béart affirme également avoir été séduite par le thème abordé tout au long de ce nouvel opus cinématographique de Virginie Despentes, "une femme que l’on connaît surtout pour ses livres mais qui affiche une véritable ambition de cinéma".

"Le sujet traité dans ce film, l’homosexualité féminine, est encore tabou et n’a été abordé que rarement au cinéma", affirme-t-elle ainsi, précisant que "certaines scènes ont parfois été difficiles à tourner". Et de rajouter, toujours au sujet de sa réalisatrice, que "Viriginie Despentes est quelqu’un qui a envie d’aller loin mais qui est extrêmement pudique. On doit en quelque sorte sentir la brûlure sans toutefois la montrer. Il a donc fallu aller chercher quelque chose de fort et de délicat dans ce rôle". Car, selon l’actrice française, "Virginie Despentes sait exactement ce qu’elle veut". Et quand on lui demande pourquoi elle est coutumière des rôles "risqués" au cinéma, Emmanuelle Béart nous répond que "ce n’est pas le cinéma, où je n’ai pas peur de grand-chose, qui est risqué mais bien la vie". "Que voulez-vous qu’il m’arrive au cinéma ? ", se demande-t-elle ainsi en souriant, affichant "une grande liberté dans le choix de ses rôles".

Et c’est ainsi, ou presque, que la belle Emmanuelle s’est éclipsée, lundi soir, d’un "Au revoir tout le monde ".

Quant au tournage, terminé en région liégeoise - avec une incursion dans celle de Namur -, il se poursuivra en France jusqu’à la fin du mois d’août et le film, lui, est attendu en salles au printemps de l’année prochaine, soit lors de la période des festivals.