Cinéma Quand un réalisateur italien s’aventure sur les traces de James Ivory.

Si ce n’est pas le paradis terrestre, cela y ressemble. Une villa en Italie, chargée d’histoire et de fraîcheur. Avec un verger plein d’abricots, de pommes, de grenades. Un bassin pour se rafraîchir. Des murs pour ignorer le reste du monde. Elio s’y ennuie l’été, tout en lisant, en jouant du piano, en se promenant avec des Parisiennes. Sans oublier le coup de cloche de Mafalda. Quelle spécialité a-t-elle préparé, aujourd’hui ? Le paradis, on vous le dit.

Les parents d’Elio sont des intellectuels, la mère parle plusieurs langues, le père est professeur d’université; chaque été, ils accueillent un étudiant.

Cette année, il est américain, grand, blond, le corps sculpté par Michel Ange. C’est Robert Redford en Great Gatsby décontracté qui débarque avec du charme, de l’entregent, de l’aisance, de quoi porter à incandescence les adolescentes en fleurs. Elio aussi, complètement sens dessus dessous pour le coup.

On disait Redford, mais un dieu grec serait plus approprié, car la famille nage dans la culture, le père archéologue porte une attention particulière à la sculpture antique, nourrit une fascination pour la sensualité des bronzes.

"Call me by your name" est l’histoire du premier amour d’Elio qui ne sait plus où il en est. Il est attiré par les filles et plus encore par ce garçon, qui l’apprécie et le repousse. Elio cherche des signes, tente de les interpréter, n’arrive plus à dominer son désir, ses pulsions.

Ce qui distingue ce film des 2957 précédents sur le sujet, ce n’est pas tant sa dimension homosexuelle, voire bisexuelle mais le climat dans lequel il se déroule. La sensualité de l’environnement mais plus encore la bienveillance du regard des parents, qui observent le trouble de leur garçon, tentent de l’aider à distance, indirectement.

Dans une première partie, la mise en scène classieuse et lumineuse de Luca Guadagnino n’est pas sans évoquer le travail de James Ivory à sa grande époque de "Maurice" et de "Room with a view". On découvrira d’ailleurs dans le générique de fin que l’auteur du scénario n’est autre que celui de "Howards End" et des "Vestiges du jour".

Toutefois le réalisateur italien ne parvient pas à garder ce degré d’excellence et de subtilité dans la deuxième partie où il se regarde parfois filmer. Mais on oublie tout cela grâce au final magistral, quand le père vient aider son fils déboussolé à chérir les moments qu’il a vécus, les sentiments qu’il éprouve, sans considérations morales.

C’est en cela que l’environnement intellectuel se révèle fascinant. La culture installe des barrières parfois infranchissables entre les hommes. Ce père de grande culture sait que la morale sexuelle de son époque n’est pas celle de la Rome antique, il n’attache d’importance qu’à la vérité, l’intensité des sentiments. C’est la scène de sa vie pour Michael Stuhlbarg qu’on reconnaît sans pouvoir citer son nom et qui, là, crève l’écran. Tout comme le jeune Timothée Chalamet qui passe de l’anonymat à une nomination aux oscars grâce à la fébrilité de sa vibration adolescente.

© ipm

Réalisation : Luca Guadagnino. Scénario : James Ivory d’après l’œuvre d’André Aciman. Avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg… 2h 13