Cinéma

Le réalisateur flamand Jan Bultheel est une figure originale du cinéma d'animation. Il confirme la créativité du cinéma d'animation flamand, mise en avant durant le Cartoon Movie 2017, qui se tient à Bordeaux.

En 2015, il avait livré le révolutionnaire "Cafard". Ce film contant le périple de la première unité de blindés belges durant la Première Guerre mondiale, avait été réalisé selon un principe novateur. Tous le film avait été tourné avec des comédiens en motion capture (mocap, en abrégé) ou capture de mouvement. Les décors avaient ensuite été ajouté et les comédiens "recouverts" de leur avatar animé. Mais au lieu de recourir à l'image de synthèse en 3D, comme le personnage de Gollum dans "Le seigneur des anneaux" de Peter Jackson, Jan Bultheel avait opté pour un rendu évoquant la peinture moderne : des aplats de couleurs expressionnistes, qui donnèrent une "2D et demi".

Le réalisateur flamand a présenté au Cartoon Movie son nouveau projet, "Canaan", qu'il devrait mettre en production durant l'été 2017. Encore une fois, il s'agit d'un périple inspiré de faits réels et dont le point de départ se situe en Belgique. On va y suivre l'odyssée de Rosa, une jeune fille brugeoise qui, vers 1840, entre dans les ordres et va partir pour le Nouveau Monde en quête de rédemption. Là, le convoi qui l'emmène vers l'Ouest, sur la piste de l'Oregon, va être secouru par des Indiens Lakotas. La jeune Belge va découvrir une autre culture et une nouvelle vie.

A nouveau, Jan Bultheel va utiliser la technique hybride de la Mocap et de la peinture animée. Il s'inspire cette fois du style naturaliste des peintres pré-impressionistes. Il a déjà commencé à diriger certaines scènes avec les comédiens flamands et, au Canada, avec d'authentiques Indiens Lakotas. L'authenticité des émotions et des sentiments transparait dans le rendu final.

Pour le réalisateur flamand, cette technique a le mérite de lui offrir une grande souplesse de travail. Elle lui permet de réaliser un film d'animation tout en dirigeant des acteurs, comme sur une scène de théâtre. Il peut travailler avec une équipe réduite, comme c'était le cas sur "Cafard", et pour un budget raisonnable d'un peu plus de trois millions.

Trois questions à Jan Bultheel

La technique est la même que pour "Cafard" mais le style visuel de "Canaan" est différent. Pourquoi ?

C'est un peu l'histoire qui dicte l'esthétique. Je suis dans un processus de création un peu organique. Mon récit est situé au début du XIXe siècle. Comme j'utilise une technique un peu hybride, une sorte de peinture animée sur les comédiens, je me suis inspiré des peintres de cette époque.

Après "Cafard", ce projet est-il plus simple à mener ?

Oui et non. Nous avons développer une méthode de travail. J'ai un scénario, mais je ne fais pas de story-board (un découpage animé de la mise en scène). En motion capture, cela ne sert à rien. Je dirige d'abord les acteurs dans des décors sur fond vert. La mise en scène se fait après : je peux placer la caméra virtuelle où je veux, adapter le cadrage. Et ensuite on ajoute le rendu. Le défi principal reste que je concilie deux techniques qui ne sont a priori pas conciliable : la capture de mouvement qu'on utilise beaucoup pour le cinéma en relief et les jeux vidéos, et un rendu en peinture en 2D.

Alors que la capture de mouvement est souvent utilisée dans les films à gros budgets, pour vous c'est l'inverse : elle permet de réaliser un film historique avec un budget ridicule.

Exactement. Je dirais que, précisément, avoir un petit budget force à penser de manière anti-conformiste. Je ne peux pas me payer de décors dans les grands espaces américains ou recréer la Bruges ou une ville américaine de 1840, avec des figurants en costumes. La capture de mouvement et les effets spéciaux me permettent de le faire. Et je peins moi-même les décors et les personnages. Je reste autonome et indépendant. Ce qui m'intéresse, c'est de raconter une histoire avec des bons comédiens. J'utilise les moyens techniques qui me permette de le faire avec les moyens financiers que je sais être à ma portée.