Festival de Cannes

On suit Nathan et ses trois copains qui font leur entrée dans l'univers d'Act-Up. Alors, comme c'est la première réunion, un militant explique d'où vient le mouvement. Des USA. A quoi, il sert ? C'est un groupe d'activistes, pas de soutien aux malades séropositifs. Comment il fonctionne ? En assemblée générale, où chacun attend son tour pour parler, où l'on n'applaudit pas une intervention , on claque des doigts ce qui présente l'avantage de ne pas couvrir la voix.

L'AG est le cœur battant du mouvement, c'est là qu'on décide des nouvelles actions, qu'on débriefe les anciennes et ça fait souvent des étincelles. On entend et on réagit aux rapports des différentes commissions « médicale », « prison » , etc. On brainstorme aussi pour trouver des slogans pour la gay pride. Ca fuse et plus c'est trash, plus ça plaît, du genre du genre « Des molécules pour qu'on s'encule ».

Au début des années 90, l'épidémie de sida fait des ravages en France. Il faut se battre contre Mitterrand et son gouvernement qui s'obstine à fermer les yeux, se refuse à lancer une campagne de prévention. Et il faut se battre contre les laboratoires pharmaceutiques, les forcer à donner un coup d'accélérateur à leurs recherches.

Robin Campillo met en scène cette aventure militante en s'attachant à quelques personnages tous plus haut en couleur, les uns que les autres. C'est qu'il y a dans chacun d'eux, une urgence à vivre tres fort le temps compté, et il y a aussi un virus tellement puissant qu'il est devenu leur identité. Avant tout le reste, chacun est séropo.

Progressivement, le réalisateur bascule du film de groupe pour explorer cette identité intime et radicale. Pourquoi fait-il un film si long avec des personnages en état d'urgence ? Pourquoi le film se traine-t-il en montrant des personnages speedés, animés d'une incroyable intensité ? C'est dommage mais on en connaît d'autres qui ont remonté leur film après Cannes. Car, par ailleurs, « 120 battements » est une fameuse claque administrée avec dignité, jusqu'à la bouleversante réunion funèbre. Seul visage connu, Adèle Haenel s'intègre dans une troupe de comédiens tous épatants parmi lesquels Nahuel Perez Biscayart est en pole position pour le prix d'interprétation.