Festival de Cannes D'une puissance dramatique mythologique, « Dogman » devrait valoir le prix d'interprétation à Marcello Fonte.

Cela vingt minutes qu'on n'entend plus une mouche voler. D'ailleurs, elles ne volent plus. Elles sont pétrifiées comme les 2300 spectateurs de l'auditorium Lumière. Ces vingt dernières minutes de « Dogman » sont d'une puissance dramatique inouïe. Vraiment inouïe. Mythologique.

Le film avait déjà commencé très fort dans un salon pour chien quelque part en Italie. Marcello est occupé à laver un rottweiller déchaîné. D'ailleurs la chaîne va-t-elle tenir ? Tout frêle, Marcello n'a pas peur, il les aime les chiens, les molosses comme les mignons. Il sait comment les prendre. C'est de Simoncino qu'il a peur, un rottweiller humain. Le voila qui déboule dans son salon réclamant sa dose de coke. Marcello s'exécute mais lui demande d'aller consommer ailleurs car sa gamine est là. Marcello n'a pas de violon sinon Simoncino pisserait dessus, il ne veut rien entendre, ne connaît que la force, terrorise tout le quartier, une vraie bête. Chacun a de quoi l'envoyer derrière les barreaux mais chacun sait qu'il reviendra trois mois plus tard encore plus enragé. Et comme Marcello est le faible, le plus sentimental, Simoncino l'exploite à sa guise pour faire ses mauvais coups.

D'un fait divers au Minotaure

Matteo Garrone s'est inspiré d'un fait divers authentique mais l'histoire est éternelle, mythologique, celle du minotaure, d'un monstre terrifiant qui rôde, on l'entend aller et venir sur sa grosse moto. Le réalisateur italien a une façon incomparable de faire vivre son décor, ici un quartier délabré au bord de la mer. On n'y voit jamais passer un touriste mais en dépit des apparences, il y règne un art de vivre italien. Les petits commerçants mangent tous ensemble à la trattoria et parlent de Simoncino. Comment s'en débarrasser ?

Comment Matteo Garrone arrive-t-il à donner une telle densité à ses images ? Il y a le cadre, théâtral et pourtant en plein air. Il y a la lumière toujours à la limite du glauque, du cliché et du sublime. Il y a les acteurs qui ne ressemblent jamais à des acteurs, on est parmi les petites gens comme on dit. Et pourtant ce Marcello (pas du tout Mastroianni), ce Marcello Fonte qui incarne ce petit homme malingre, sympa avec tout le monde ; il lui donne une épaisseur, une complexité, une universalité. Il n'est pas Thésée mais c'est un héros et peut-être même un saint, quand il retourne sur les lieux d'un vol car Simoncino y a enfermé un chien dans le congélateur. Et ce Simoncino, Edoardo Pesce le rend tellement brutal, bestial. Il fait tellement peur qu'il fait même trembler l'écran.

Matteo retrouve ici toute sa puissance de « Gomorra », sa montée de la tension jusqu'au climax est à couper le souffle, même celui des rottweillers tétanisés. Le festival de Cannes tient son prix d’interprétation : Marcello Fonte. Au minimum.