Festival de Cannes

Le regard vert planté droit dans les yeux, la voix un peu gouailleuse, Adèle Haenel avoue en s'excusant « J'ai le cerveau dans le micro-onde ». Et dire qu'elle n'est qu'au début de son marathon d'interviews, de son parcours du combattant.

« Les combattants » ! C'est précisément avec ce film de Thomas Cailley qu'elle fait le break en 2014, s'imposant définitivement comme la tête de file de la nouvelle génération de comédiennes, dûment authentifiée par un césar de la meilleure actrice.

Séduit par le sacré tempérament, les Dardenne pensent lui confier le rôle d'une jeune médecin, rongée par la culpabilité qui cherche à connaître l'identité d'une « Fille inconnue » trouvée morte le long de la Meuse en face de son cabinet médical.

La fille inconnue n'était-ce pas un peu elle, Adèle Haenel, quand elle a débarqué sur ce tournage où tout le monde se connait depuis années ? Les Dardenne travaillent avec les mêmes techniciens, retrouvent les mêmes acteurs, film après film. « Oui, c'était un peu intimidant, je ne vais pas vous le cacher, avoue la comédienne. Même si l'atmosphère est bienveillante. Je pense que les répétitions servent un peu à cela, à s'intégrer. C'était important de rester à Liège. » Rien qu'en disant Liège, l'accent revient au galop. « J'ai bien aimé les répets. Un mois, je n'avais jamais fait cela. Cela m'a permis de me calmer avant le film car c'est un boulot angoissant. Mais le premier jour de tournage reste le premier jour de tournage ».

« En fait, je n'avais pas pensé que ce soit possible de tourner avec les Dardenne. Je ne me sentais plus non-professionnelle et pas encore assez professionnelle. Franchement, je n'y aurais jamais pensé. J'ai grandi avec leurs films, j'entends parler d'eux depuis que je suis enfant, ça me faisait bizarre, un peu comme rencontrer Napoléon. Ils n'ont à voir avec Napoléon, c'est le premier mot qui m'est venu à l'esprit mais les Dardenne, c'est une légende dans le cinéma d'auteur. Moi, j’appartiens à la nouvelle génération qui travaille dans leur sillage. C'était fou de me retrouver avec eux. Une chance de ouf ! »