Festival de Cannes

Le Brésil est aujourd'hui au cœur de la tourmente politique internationale. La présidente démocratiquement élue poussée vers la sortie, que se passe-t-il là-bas ? « Aquarius » est un film qui tombe bien. Pas pour comprendre la mécanique politicienne, pour prendre le pouls de la société. Pas forcément du côté de ses extrêmes, ni dans les favelas ou parmi les milliardaires enclôturés, chez Mme Clara, bourgeoisie classieuse de Recife.

Critique musicale, auteur d'une biographie de Villa-Lobos, elle vit retirée des concerts dans un des appartements face à l'océan de l'Aquarius, immeuble datant des années 40. La soixantaine bien entamée, elle garde tout son charme et tous ses longs cheveux noirs. En souvenir de son cancer des années 80 ? Elle n’en avait plus alors, mais elle avait un mari, deux garçons et une fille, et déjà cet appartement. Aujourd’hui, son mari est mort, ses enfants sont devenus des parents, elle vit seule au même endroit avec ses vinyles, avec la plage où le sauveteur veille sur elle, avec ses souvenirs.

Vraiment seule car une société immobilière a racheté tous les autres apparts pour abattre l'Aquarius et construire une horreur prétentieuse, autrement plus rentable. Les promoteurs font le forcing mais Mme Clara résiste, toute sa vie tient dans ces murs. On la dépote, elle meurt. Alors, aucune proposition ne l'intéresse, elle les déchire sans même ouvrir l'enveloppe.

S'ils gardent le sourire, les deux businessmen, un jeune et un vieux, mettent en place des stratégies. On travaille ses enfants en faisant miroiter une plus-value spectaculaire. On organise une teuf qui fait trembler le plafond toute la nuit. On organise un va-et-vient dans les escaliers en transformant un appart en chapelle....

Toutefois, Kleber Mendonça Filho ne met pas du tout en scène un thriller mais le portait de cette femme et de son univers : sa servante, ses amies, sa famille. Partant de point-là, il opère une sorte de très lent zoom arrière qui permet de voir les strates d'une société brésilienne dans un état de décomposition accéléré.

Simultanément, il offre à Sonia Braga, l’icône du cinéma brésilien depuis « le baiser de femme araignée » un rôle éblouissant tant il comporte de facettes. La tâche sera injuste pour les jurés quand il s'agira de choisir entre elle et Sandra Hüller (Toni Erdmann) pour le prix d'interprétation féminine.