Festival de Cannes

Deux taches rose et blanc, deux danseuses attirent le regard et le client . Elles se trémoussent et distribuent des billets de loterie pour encourager les passants à entrer dans le magasin. Même un livreur reçoit le sien. Il est bon, il a gagné une montre. « Tu as une petite amie ?» lui demande une des deux filles avec un regard insistant. « C'est normal que tu ne me reconnaisses pas, je suis jolie maintenant, je suis passée par le bistouri », dit-elle à ce garçon de son village.

Ils se donnent rendez-vous et il y a affinités. Il lui parle, un peu, de son envie d'écrire. Elle lui demande de nourrir son chat pendant son voyage en Afrique. Elle veut aller à la rencontre des Bushmen du désert du Kalahari, ceux qui dansent pour la petite faim, quand l’estomac crie famine et pour la grande faim, quand la tête cherche un sens. Il attend fiévreusement son retour et mais elle n'est pas seule lorsqu'elle débarque à l'aéroport. Elle a rencontré un autre Coréen un peu plus âgé et beaucoup plus chic. Entre la Porsche de l'un et le pick-up pourri de l'autre, elle a choisi, un peu gênée. Mais le garçon ne renonce pas. Entre les rivaux, l'électricité est impalpable mais permanente. La jalousie est amoureuse mais aussi sociale, d'où vient la richesse de ce « Gatsby » à peine plus âgé et dont le passe-temps favori est de mettre le feu, tous les deux mois à des grandes serres en plastique abandonnées.

Le rencontre Lee Chang Dong, le merveilleux réalisateur de « Poetry » et du fameux écrivain japonais Haruki Murakami (1Q84) avait quelque chose de très excitant; elle se révèle plutôt désarçonnante. En effet, le récit prend, en quelque sorte, le spectateur à rebours, plus il avance, plus la tension monte et moins on comprend, moins l'histoire s'éclaircit. Et à la fin rien ne s'explique.

L'écrivain y trouvera matière à écrire son premier roman et le spectateur matière à scruter des indices, à établir des liens, à interpréter des métaphores, à oser des hypothèses, avant d'admettre que le mystère est le sujet même du film, le cœur même de chaque personnage.