Festival de Cannes

Avec « Shoplifters », le cinéaste japonais retrouve son niveau de « Nobody Knows », celui d'une Palme.

Un père et son gamin entrent dans une grosse supérette. Pour faire leurs courses mais en passant un minimum par la caisse. Ils sont doués mais un peu distraits. Quand ils arrivent à leur micro maison, la grande sœur est furax car ils ont encore oublié le shampoing. En revanche, ils ont ramené une petite fille de cinq ans avec eux. Yuri était toute seule sur le balcon. Elle avait froid, elle avait faim, elle les a suivis. Ils iront la rapporter plus tard. En attendant, mamie a découvert qu'elle était couverte de bleus. S'ils ne veulent pas d'ennuis avec la police, les parents pensent qu'il vaut mieux la déposer tout de suite devant la porte de l'appartement . Mais en entendant l'homme et la femme se gueuler et se taper dessus, ils la gardent.

Hirokazu Kore-Eda est à jamais l'auteur de « Nobody knows », le récit de cet authentique fait divers filmé à hauteur des enfants. Soit l'aventure de quatre mômes abandonnés par leur maman, livrés à eux-mêmes durant des mois, une inoubliable exploration de la fratrie. Avec « Shoplifters », le cinéaste japonais revient, en quelque sorte, sur le lieu de son chef-d’œuvre pour filmer des êtres précarisés, livrés à eux-mêmes et se lancer dans une exploration de la famille. Car de qui cette grand-mère est-elle vraiment la mamie? Et cet homme est-il le père du gamin? Sa femme est-elle sa femme? Plus on cherche à savoir qui est qui par rapport à qui , et plus on se rend compte que ceux-là forment vraiment une famille.

Comme dans « Nobody Knows », la société ne peut voir là qu'un fait divers, gravissime et sordide à la vue d'individus confinés dans deux pièces bordéliques, d'enfants qui apprennent à voler plutôt que d'aller à l'école. On ne peut lui donner tort et pourtant, elle n'a pas raison lorsqu'on a les a vu vivre à travers les yeux de Hirokazu Kore-Eda qui ne sont pas rappeler ceux de Chaplin et du « Kid »