Festival de Cannes

« 3 faces » confronte une actrice célèbre à l'Iran profond.

Dans une grotte, un jeune fille se filme pour adresser un message à une célèbre actrice iranienne. Elle lui explique son parcours. Elle habite un village où sa passion pour l'art dramatique lui vaut d'être mise au banc de la communauté. Mais elle se bat, elle a même réussi le concours d'entrée au conservatoire de Téhéran. Alors, sa famille a décidé de la marier. Seule l'intervention d'une actrice comme elle pourrait faire changer les villageois d'avis. Comme ses messages sont restés sans réponse, il ne lui reste plus qu'une solution. Plan sur la corde, qu'elle passe autour de son cou. Une temps d’hésitation et le portable tombe.

Dans une voiture, la célèbre actrice, en état de choc, regarde une nouvelle fois le message vidéo. Elle vient de planter un tournage à la grande colère de la production et elle roule avec le réalisateur Jafar Panahi en direction du village de la jeune fille. Elle veut savoir. Elle est persuadée qu'il s'agit d'une manipulation alors Jafar Panahi penche pour un document authentique.

On pense beaucoup à Abbas Kiarostami en regardant « Trois faces » de Jafar Panahi. On pense à « Où est la maison de mon ami ? », à ce petit écolier qui cherchait son ami pour récupérer son cahier. Comme cette actrice cherche cette jeune fille pour retrouver sa raison. On pense aussi au « Goût de la Cerise » qui se déroulait sur les mêmes routes sinueuses de montagne et véhiculait le thème du suicide. Au-delà des nombreuses péripéties, « 3 Faces » est un voyage dans l'Iran profond à la rencontre de ses habitants, de leur mentalité, de leurs paradoxes – on admire l'actrice célèbre et on bannit l'aspirante comédienne – et aussi de leur sens archaïque de l'honneur .

Quand on sait dans quelles conditions travaille Jafar Panahi, assigné à résidence par les autorités et susceptible d'être emprisonné à tout moment ; on est bluffé par sa capacité, en dépit de la faiblesse des ses moyens, de réussir un suspense palpitant avec des pépites d'humour, un parfum d'absurde, des envolées poétiques, des métaphores politiques tout en installant le spectateur au cœur de l'Iran profond.