Festival de Cannes

Pendant 1h25 - c'est long -, le réalisateur du « Mépris » maltraite les images et les spectateurs.

Cela commence par un écran noir , suivi d'une méchante décharge sonore, genre effet Larsen, et puis apparaît un texte avec une phrase en trois lignes mal coupées, avec des mots hors cadre. Reconstituée, cela donne « les maîtres du monde devraient se méfier de Bécassine, justement parce qu'elle se tait ».

Le ton est donné. Godard peut commencer à tourner les pages de son « Livre d'image ».

Chapitre 1. Remake. Quelles images. Des images de main car on pense avec ses mains, affirme JLG. Chap 1 . Remake Des images et des sons, des bruits, des boucles musicales et une voix monocorde qui sent le tabac froid. Chap 1. Remake. Des images de films, des images d’actualité. Des remakes de quoi ? Dans un film des soldats jettent leurs victimes à l'eau ; dans une vidéo des djihadistes jettent leurs victimes à l'eau.

JLG fait un peu comme Scorsese à travers le cinéma italien et Tavernier voyageant dans le cinéma français. Il pioche dans la cinémathèque mondiale et prend « Le dernier des hommes » de Murnau, « Salo » de Pasolini, « Le plaisir » d'Ophuls, « Johnny Guitar » de Nicholas Ray, « Young Mr Lincoln » de Ford etc, etc, et aussi ses propres films. Mais pas pour communiquer sa passion, plutôt faire des collages ou des groupements autour d'un thème : la guerre, les trains, le monde arabe. Chap 1. Remake Le son va d'un baffle à l'autre comme une balle de squash. Les dialogues d'un film chevauchent ceux d'un autre, alors que la voix de JLG ânonne des aphorismes et des citations qui restent invariablement en suspens, privés de leurs derniers mots.

Piégés, blessés, peinés

Il n'y a pas que le spectateur qui est maltraité, les images aussi. Certaines sont étalonnées avec une dominante bleue, d'autres tremblent où sont complètement brouillées (genre les essais télé de Tournesol dans « Les Bijoux de la Castafiore »), leur format est modifié en cours de projection, certaines sont agrandies jusqu’à l'abstraction. De temps en temps, on voudrait rebondir sur une phrase sentencieuse répétée deux fois, mais c'est impossible, l'écran clignote comme un clip.

Derrière son cigare, la porte bien fermée de sa maison de Rolle, JLG doit bien se marrer en pensant ce qu'il a infligé aux milliers de gens qui se sont précipités pour voir son « Livre d'image ».

Certains ne sont pas restés jusqu'au bout. Piégés par son faux générique de fin, pas assez masochistes ou alors trop peinés de voir le triste état dans lequel est celui qui avec « A bout de souffle », « Le Mépris » ou « Pierrot le fou » a changé la face du cinéma.