Festival de Cannes

Avec Vincent Lindon, il repart « En guerre » contre « La loi du marché ». Sidérant de réalisme, le film se situe au-delà des idéologies.

Le récit commence de façon tragiquement banale : une séquence JT recueillant les premières réactions des travailleurs venant d'apprendre la fermeture prochaine de leur grande entreprise. Ils avaient accepté des sacrifices voici deux ans. Malgré la parole donnée, malgré l'accord signé, malgré les bénéfices ; on ferme, 1100 personnes licenciées dans une région déja sinistrée.

On connaît les JT suivants, on a encore le feuilleton « Caterpilar » en tête. Les salariés se mettent en grève, bloquent les accès à l'usine, saisissent le stock comme monnaie d'échange. Les politiques entrent dans le jeu. Au plus haut niveau, on s'indigne et on s'incline. Les politiciens du terrain offrent leur médiation, mais le pouvoir est aux Etats-Unis ou en Allemagne. Les syndicats multiplient les actions pour montrer leur détermination, faire pression sur la direction, occuper le terrain médiatique.


Le prédateur implacable

Brizé reconstitue ces images usées et y précipite Lindon qui emmène le spectateur au cœur de l'affrontement de deux logiques, celle l'emploi et celle de profit, un rapport de force qui génère la violence. La formule semble improbable et pourtant elle fonctionne grâce à la puissance sidérante de réalisme des ouvriers, syndicalistes, cadres, DRH, patrons, politiciens, tous dans leur propre rôle.

Lindon est à la fois celui qui immerge le spectateur dans le champ de bataille social et celui qui le maintient à distance. Brizé opère comme un documentariste qui aurait suivi le conflit d'un bout à l'autre, présent aux moments de crises avec Lindon dans chaque plan . Et au-delà des séquences de JT, au-delà des reportages, au-delà de l'affrontement des ouvriers et des patrons ; il réussit l'exploit de filmer le plus redoutable et implacable des prédateurs : la loi du marché.

=> Avec Stéphane Brizé, Vincent Lindon s’en va-t-en guerre