Festival de Cannes

Un décor roumain type, des immeubles vétustes, et à l'avant-plan, un talus de terre et de gros cailloux. Bang. Un de ces pavés vient d’atterrir dans le salon d'un appartement. Son propriétaire se précipite dehors. Personne. Est-il une victime ou un salaud ? Cherche-t-on à le harceler ou à se venger ? Mungiu ne va plus le lâcher.

« Dépose-moi, je passerai à travers le chantier, ça ira plus vite », lui dit sa fille qu'il conduit tous les matins au lycée. Mauvaise idée, mais il ne se fait pas prier car il pourra ainsi passer quelques minutes chez sa maîtresse. le téléphone ne tarde pas à sonner, sa fille a été agressée, violée peut-être. Elle a été emmenée à l’hôpital où il devrait déjà se trouver puisqu'il y est chirurgien. On n'aurait jamais imaginé en voyant son appartement!

Sa fille est en état de choc et au pire moment, juste avant son baccalauréat. Dix-huit ans, qu'il la prépare à cette épreuve, dernier verrou avant une perspective d'avenir en Angleterre. Mais pour décrocher les deux bourses qui ouvrent les portes de Cambridge, il faut 18 à toutes les épreuves. Possible avec son 19,5 de moyenne. Mais c'était avant l'agression. Demain, pourra-t-elle se concentrer ? Pourra-t-il même accéder à l'épreuve, elle porte un plâtre et ceux-ci sont interdits par le règlement.

Notre chirurgien a patiemment construit ce plan d'avenir pour sa fille. L'opportunité ne repassera plus. Il le sait. Son ami, le chef de la police, aussi. Et de le mettre en contact avec quelqu'un de « serviable ».

Palme d'or en 2007 avec « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », le Roumain Cristian Mungiu pourrait rééditer l'exploit avec ce « Bacalaureat » un des meilleurs films de cette 69 édition.

Le scénario, tout d'abord, est beau comme un mécanisme d'horlogerie, tout s’emboîte subtilement sans forcer, sans harceler le hasard, ni les coïncidences. Une fois qu'on a accepté la marque du destin – l’agression -, tout s’enchaîne logiquement suivant la réponse apportée à la question: que vaut-il mieux pour sa fille ? Construire un avenir en Angleterre ou tenter de faire évoluer la Roumanie ? Lui-même ayant essayé sans y parvenir. Un père veut le meilleur pour son enfant. Mais vaut-il mieux lui donner les armes pour se débrouiller dans le monde réel ou lui inculquer des valeurs qui ont cours dans un monde idéal ? Qu'est qui lui sera le plus utile, des principe ou le sens du compromis ? Retenant la leçon d'Ernst Lubistch, Mungiu pose le calcul et laisse le spectateur faire l'addition.

Histoire palpitante de bout en bout, mise en scène ajustée au sujet, acteurs crédibles avec de l'épaisseur, confiance dans le spectateur ; « Bacalaureat » est un film lumineux, essentiel, un mode d'emploi du monde moderne et un scanner de l'âme humaine comme en proposait Kieslowski. Car il ne s'agit pas du seul système roumain, celui-ci fonctionne dans le monde entier et bien sûr en Belgique dont on connaît le sens du compromis.