Festival de Cannes

Chez Asghar Farhadi, il convient d’être attentif dès la première scène, elle contient souvent le futur film en elle. Panique dans un immeuble à Téhéran, les habitants vont et vient dans les escaliers, pressés de le quitter toutes affaires cessantes. Il menace de s’effondrer à cause des travaux entrepris sur la parcelle d'à côté. Le lendemain, la panique passée, tout le monde est contraint de se chercher un nouveau toit. Il n'y a pas de retour possible, le bâtiment est tout fissuré.

Emad et sa femme Rana reçoivent le coup de main d'un partenaire du théâtre où ils répètent « Mort d'un commis voyageur ». Il met à leur disposition, un petit appart sur les toits. Problème, l'ancienne locataire a enfermé toutes ses affaires dans une pièce et ne se montrer guère pressée de les récupérer. La vie reprend son cours quand un soir, Emad retrouve sa femme aux soins intensifs, sévèrement blessée. Croyant que c'était son mari rentrant des courses les bras chargés, elle a ouvert les différentes portes avant d'aller prendre sa douche. Elle ignorait que la précédente locataire était une femme aux mœurs légères, le visiteur était un ancien client.

Si elle peut rapidement quitter l’hôpital, l'idée de retourner dans cet appartement, dans la salle de bains , lui est insupportable. Elle est angoissée à l'idée d'y rester seule la journée et refuse de porter plainte, car ce serait ajouter l'humiliation à la souffrance de l'agression. Son mari la soutient mais il encaisse de plus en plus difficilement ses sautes d'humeur. De plus, une idée fixe l'envahit : retrouver le « client » qui s'est payé sa femme, car il a laissé quelques billets sur la table.

Après « Une séparation », après un divorce dans « Le Passé », le réalisateur remet son sujet, le couple, devant la caméra, et suit la fissure en train de le déchirer.

Farhadi est le maître du thriller domestique, il fait monter le suspense avec maestria. Même si l'ambition de ce film peut paraître plus modeste par rapport à ses œuvres précédentes, il est toujours fascinant d'observer, avec lui, ce qui relève de l'être humain universel et de la culture iranienne. En parallèle, la représentation du classique d’Arthur Miller, interprété les deux protagonistes, offre au récit des effets de mises en perspective, comiques, hystériques, tragiques.