Festival de Cannes

A Cannes, il y a des stars, des étoiles filantes, quelques nébuleuses et des supernovas. Le film de clôture de la Quinzaine des Réalisateurs appartient à la dernière catégorie : celle où scintillent les derniers éclats des premières. Il y a quarante ans, Paul Scharder atteignait son apogée, comme scénariste de Taxi Driver de Martin Scorsese. Dix ans plus tard, il revenait comme réalisateur avec le très léché Mishima, prix de la meilleure contribution artistique.

Le revoici, à 69 ans, avec Dog Eat Dog, un film noir, adaptation des Hommes de proie d'Edward Bunker. C'est l'histoire d'un trio d'ex-taulards. Mad Dog (Willem Dafoe), camé décharné, fine lame à ses heures, qui vient d'envoyer ad patres sa dernière maîtresse en date coupable de ne pas lui avoir prêter sa Chevy alors qu'elle le foutait à la porte pour cause de matage de porno en ligne. Moon Man (Omar Dorsey), armoire à glace et boule à zéro qui aurait, nous dit-on, l'intelligence d'un avocat sorti de Harvard. Et Troy (Nicolas Cage), le fixeur du trio, celui qui négocie les bons coups avec, notamment, El Greco (Schrader himself). Ce dernier les met en cheville avec un mafieux à qui un indélicat doit quatre millions de dollars. Le deal, pour faire cracher le débiteur, est de kidnapper son bébé. Les trois sont engagés, malgré les risques que l'instabilité de Mad Dog fait peser sur le job. Forcément, tout ne va pas se passer comme prémédité...

Jadis, Dog Eat Dog aurait peut-être ébloui, mais s'avère aujourd'hui un succédané tarantinesque - car très verbeux - sans beaucoup de frémissement, même si le maître d'oeuvre tente d'en jeter plein la vue. Le film est pratiquement anti-climatique : cela commence fort, avec une première scène littéralement hallucinée portée par un Willem Dafoe rescapé de Sailor et Lula. Quarante-cinq minutes plus tard, un plan explosif rappelle d'ailleurs sa fin dans le Lynch précité. Le film n'est pas indigent, mais pas éblouissant. Schrader dépasse peu l'anecdotique intrigue et ne sort pas des effets de styles pour les envolées délirantes. On le crédite d'avoir su catalyser Nicolas Cage, qu'on ne voit plus que trop rarement aussi sobre dans l'apparence comme dans la performance.

Mais tout le film semble n'avoir eu pour justification que son épilogue, caractéristique des obsessions (traumatismes ?) calvinistes de Paul Schrader. Le réalisateur s'y lâche sur la culpabilité et la rédemption dans une séquence un brin lourdingue, où Troy, en plein ultime trip hallucinatoire, prend en otage un révérend et sa femme avant d'un last stand à la Bogart.

---> Réalisation : Paul Scharder. Avec Willem Dafoe, Nicolas Cage, Omar Dorsey,... 1h39.