Festival de Cannes 50 ans après mai 68, le cinéaste suisse de 87 ans perturbe encore le Festival de Cannes et invente la première conférence de presse canoise sur smartphone durant laquelle il multiplie les déclarations surréalistes.

Des sièges qui se vident par dizaines en cours de projection, des coups de sifflets, des critiques assassines ("La Palme d'or du foutage de gueule", titre notre confrère de La Libre Belgique, Fernand Denis tandis que The Hollywood Reporter estime que "ce kaléidoscope sur le monde actuel pose une question qui pourrait s'appliquer au film: est-ce que quelqu'un regarde?"): Jean-Luc Godard a eu droit à son traitement habituel avec son expérimentation sur le son, l'image et le cadrage, Le livre d'image. Mais alors que seuls les vieux cinéphiles se souviennent d'une de ses oeuvres "regardables" projetées en salle, le provocateur de 87 ans a encore réussi à perturber la belle mécanique cannoise, comme en mai 68, voici 50 ans.

Après avoir snobé la présentation officielle de son film, il s'est offert une conférence de presse totalement surréaliste. Via son smartphone, obligeant les journalistes désireux de lui poser des questions de se passer le téléphone après avoir fait la file, comme pour se rendre à la confesse... Cigare au bec et ses énormes lunettes en gros plan, le cinéaste de 87 ans casse les codes des conférences de presse, désole les télés qui n'ont rien à filmer, sidère les journalistes par ses remarques pas nécessairement plus compréhensibles que son dernier ouvrage.

"Avec ce film, je me suis intéressé aux faits, à ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. J'espère que mon film montre ce qui ne se fait pas. Il faut parfois penser avec les mains et non la tête", explique-t-il. "Beaucoup d'acteurs contribuent au totalitarisme de l'image filmée, et non pensée", ajoute-t-il, avant d'exhorter à avoir "le courage d'imaginer "avoir le courage de la vie et de prendre le train de l'histoire."

Pendant 45 minutes, il critique l'Europe et son manque d'enfants car "l'amour est devenu trop rare", se plaint du fait "qu'on a hélas beaucoup de pitié et bien peu d'intelligence", avant d'expliquer le cinéma par une formule mathématique que n'aurait pas reniée Jean-Claude Van Damme: "x+3=1, donc x=-2, la clé du cinéma est là."

Puis, il a raccroché. Nous, cela fait longtemps qu'on avait décroché.