Festival de Cannes

Malgré la vibrante interprétation de Zhao Tao, son portrait de l'épouse bafouée d'un truand tire en longueur.

Depuis 2002, Cannes compte Jia Zhang-Ke parmi ses meilleurs abonnés. En six films, on a pu suivre l'impressionnante éclosion de ce cinéaste chinois. On a vu son style, ses ambitions, sa maîtrise se déployer. Chaque nouveau long métrage était plus passionnant, plus complexe, plus virtuose que le précédent pour en arriver en 2013 à cette fresque éblouissante sur la violence d'Etat qu'était « Touch of Sin ». Un chef-d’œuvre surpassé en 2015 par “Au-delà des montagnes”. En trois volets, trois formats, trois époques, Jia Zhang-Ke observait de 1999 à 2024, la progression d'une tumeur fulgurante à travers la Chine et ses habitants : l'argent. Le cinéaste ne pouvait continuer à progresser de manière aussi stupéfiante, « Les éternels » marque un temps d'arrêt.

Comme souvent le personnage principal est féminin et interprété par sa femme et comédienne fétiche Zhao Tao. Elle incarne ici Qiao, la petite amie du chef de la pègre dans une cité minière où tous les puits viennent de fermer. La perspective d'une reconversion voit l'arrivée d'une nouvelle génération de jeunes truands qui ne respectent aucune règle. Pour tirer son ami Bin d'affaires, elle prend cinq ans prison. Son sacrifice est bien mal récompensé. Non seulement, Bin ne vient jamais la voir mais il a refait sa vie dans une autre province avec une femme plus jeune et plus jolie.

Qu'importe, Qiao suivra le code d'honneur de son milieu. « Les Eternels » part comme un film de gangsters à la Scorsese s'attachant aux rites et aux valeurs du groupe pour se resserrer sur un mélodrame qui tire en longueur malgré quelques fulgurances de mise en scène.

Au final, on obtient un beau portrait de femme, comme on dit. Toutefois, la seule chose vraiment passionnante dans ce récit qui s'étend de l'an 2001 à nos jours, c'est la vitesse à laquelle le décor, les transports évoluent. Quand Bin revient dans sa ville après dix ans d’absence, il ne reconnaît plus rien.