Festival de Cannes

Pour son premier film, A.B. Shawky signe un film généreux sans éviter quelques pièges

Le cinéma nous emmène dans des endroits dont on ne se risquerait pas à pousser la porte. Une léproserie en Egypte, par exemple. Beshay y vit depuis longtemps et aussi sur la montagne des déchets qu'il ne cesse de fouiller pour améliorer son ordinaire. C'est là, qu'un jour, on vient lui apprendre le décès de sa femme, lépreuse comme lui. Quelque temps plus tard, sa mère vient se recueillir sur la tombe de sa fille alors qu'elle ne s'est jamais pointée de toute sa vie. Tout le monde a eu une famille, se dit Beshay qui se met en tête de retrouver la sienne à l'autre bout de l’Égypte. Il attache sa vieille carriole à son âne et c'est parti pour une traversée du pays. En solitaire ? Pas vraiment, un gamin de l'orphelinat voisin s'est glissé sous une couverture.

On a parfois le sentiment que A.B. Shawky, le jeune réalisateur de « Yomeddine » a tendance à charger la charrette de Beshay. Il ne lui arrive que des malheurs. Mais précisément, c'est à chaque fois la conséquence du rejet dont il est victime. Par des femmes qui l'insultent car il se baigne dans le Nil. Par les policiers qui le traitent comme un paria. Par les islamistes qui appliquent le Coran : fuis le lépreux comme le lion.

Il n'y a qu’auprès d'autres handicapés que Beshay peut trouver un peu de chaleur humaine et de solidarité pour poursuivre sa route jusqu’à sa maison où personne ne l'attend. Voila un film qu'on a déja vu quelques fois, un premier film qui n'évite certains pièges dont celui des bons sentiments. Toutefois, A.B. Shawky réussit a créer une forte empathie à l’égard de son personnage, à injecter des piqûres d'humour et à défendre une idée pas très politiquement correcte. Celle du père de Beshay qui a décidé de mettre son enfant dans une institution afin qu'il puisse vivre une vie sans le jugement du regard des autres. Une raison pour couper tous les ponts ?