Festival de Cannes

« You Were Never Really Here ». C'est important un bon titre, c'est une bouée à laquelle le spectateur peut tenter s'accrocher quand il sent qu'il est en train de couler.

Joaquin Phoenix est-il réellement là ? Est-il vraiment cette masse épaisse de graisse, de muscles, de cheveux gras, de barbe au regard vitreux, transparent, spectral comme le vide.

Le scénario est-il réellement là? Il est resté dans la tête du personnage. Il se souvient d'une gamine à sauver des mains de politiciens poisseux. Tous ceux qui se trouvent sur ce chemin, il les défonce à coups de marteau.

Le cinéma est-il réellement là ? Pas dans le sens habituellement narratif du terme. C'est plutôt une expérience sensorielle menée par une cinéaste qui met toute sa virtuosité, visuelle et sonore, à vouloir faire partager au spectateur tout ce que ressent, ne ressent plus, ou est incapable de ressentir son anti-héros.

L’esbroufe est-elle réellement là ? Alors, oui, on sent qu'on a fabriqué des scènes pour entendre le spectateur dire : whaow ! Un fils avec sa mère morte dans ses bras qui coule à pic dans un lac, c'est whaow! Notre tueur qui discute aimablement le bout de gras avec l'assassin agonisant de sa maman, c'est whaow ! Et quand ils entament une petite chanson ensemble, c'est whaow !whaow !

Lynne Ramsay est-elle réellement là ? Un peu, dans le thème de l'enfance perturbée, des parents traumatisants – on s'en souvient dans « We need to talk about Kevin ». Un peu aussi dans ce désir d'immerger le spectateur dans la tête du personnage. Mais l'intense mélodrame psychologique a laissé la place à un polar atmosphérique avec un Joaquin Phoenix stratosphérique.

C'est dire si on ne sait réellement plus où l'on est.