Festival de Cannes A Cannes, la compétition aussi se tourne vers l’avenir, les personnages principaux sont des enfants. Critique.

Cela doit faire partie des petits plaisirs "perso" du délégué général, Thierry Frémaux, que d’accrocher les uns aux autres, des films qui n’ont rien à voir entre eux mais partagent un point commun. Ils sautent aux yeux dans les premiers films projetés : le héros a 12 ans.

"Wonderstruck", de Todd Haynes

Ben vient de souffler ses bougies et depuis qu’il en a pris conscience, il harcèle sa mère célibataire pour connaître l’identité de son père. Elle reporte toujours à plus tard mais un jour il est trop tard, elle est fauchée dans un accident de voiture. Recueilli par sa tante, il est dévoré par le désir de connaître son papa. Un indice trouvé dans un livre "Wonderstruck" et le voilà parti pour New York.

On ne dira pas que le sujet brille par son originalité, en revanche la mise en scène est étincelante. C’est que Todd Haynes ajoute en parallèle, un récit se déroulant 50 ans plus tôt, en 1927, celui d’une gamine en fuite à New York, elle aussi. Alors que les deux enfants cherchent leur chemin dans la ville, on assiste à un télescopage d’atmosphères entre le New York noir et blanc et chic de la fin des années 20 et le New York coloré, torride, très blaxploitation qui transpire dans les années 70. Outre leur quête commune, les deux enfants partagent le même handicap, ils sont sourds. Le cinéaste trouve ainsi l’occasion de se livrer à un exercice virtuose mais discret, le film est quasiment muet, autrement dit sans dialogue, mais extraordinairement sonore.

On connaît le fabuleux talent du réalisateur de "Carol" pour reconstituer des époques avec l’aide de son exceptionnel directeur photo Ed Lachman. Son va-et-vient entre les années 20 et 70 est à la fois sublime et ingénieux sur le plan de la dramaturgie. Accompagné de sa fidèle Julianne Moore, il offre deux heures de pur cinéma, même si on regrette une fin… bavarde et une musique trop mélodramatique parfois.