Festival de Cannes

Les starlettes de 20 ans vêtues d’une robe échancrée de partout dont on se demande comment elles font tenir ces minuscules bouts de tissus défilent sans arrêt sur les marches du Palais à Cannes. Mais aucune n’hypnotise autant qu’une comédienne de 55 ans à la chevelure flamboyante au charme déconcertant, Julianne Moore.

Une grande dame d’un mètre soixante-trois, d’une élégance et d’un charisme dingues. Dire qu’on se sent tout petit face à la meilleure actrice de sa génération (avec Meryl Streep), Oscar de la meilleure actrice en 2015 pour "Still Alice" et prix d’interprétation cannois en 2014 pour "Maps to the star", tient de l’euphémisme. Un sentiment effacé au bout de 30 secondes : empathique et simple, elle instaure tout de suite une ambiance bon enfant dans ce tête à tête en jouant comme une gamine la serveuse de tasses de thé.

"Je viens ici à Cannes depuis des années, à la fois pour les films et pour L’Oréal, explique-t-elle avec la voix envoûtante d’une maman racontant une histoire aux enfants. Il y a deux ans, la première semaine, je ne parlais que beauté et la deuxième, pour ‘Maps to the star’, uniquement cinéma. C’était génial. Comme tous les Américains, j’adore Cannes et la France. Même si ce festival est gigantesque, il y a une ambiance très particulière avec la mer, le soleil, le glamour, le tapis rouge et la cinéphilie."

Qu’est-ce qui est élégant pour vous ?

La sobriété. C’est une qualité valable pour tout : la manière de vivre, de se présenter, les bonnes manières. Pour moi, le summum de l’élégance, c’est d’agir avec gentillesse, empathie, en laissant de la place pour les autres. J’insiste beaucoup là-dessus avec les enfants : il faut faire attention aux autres, être poli, regarder les gens dans les yeux, ne pas faire aux autres ce qu’on ne veut pas qu’ils nous fassent. Je suis une femme normale. C’est plus simple en vivant à New York qu’à Los Angeles.

Que doit posséder un personnage pour vous séduire ?

Un personnage n’existe pas dans l’absolu. Le contexte, l’histoire, sont bien plus importants.

Vous incarnez souvent des femmes très fortes…

C’est essentiel qu’elles soient complexes, c’est cela qui les rend intéressantes. Il faut que les spectateurs puissent s’y identifier. Et pour ça, elles doivent être réelles. Même quand je joue une femme capricieuse comme dans "Maps to the stars", il faut qu’on puisse retrouver en elle les pires facettes de nos personnalités. Ainsi, même si on ne l’aime pas, on peut la comprendre.

Quels sont vos prochains projets ?

Pour l’instant, je tourne à New York "Wonderstruck", mon quatrième film avec le réalisateur Todd Haynes. Je l’adore. Ensuite, j’enchaîne avec "Kingsman 2". Le premier était très drôle et cette fois, je vais jouer la méchante, une femme diabolique. Ce sont les rôles les plus fun car ils sont souvent délirants, bien écrits et sans âge. Ensuite, j’ai un troisième projet : "Suburbicon", sous la direction de George Clooney.

Vous êtes opposée au lobby des armes…

Je ne suis pas en guerre contre les armes, mais je suis farouchement attachée à la sécurité. Il ne faut pas confisquer les armes, mais faire en sorte qu’il y ait une régulation, qu’elles soient contrôlées, identifiées. Dans certains Etats des USA, les armes peuvent être achetées sur Internet. Si on l’empêche, on rend tout de suite le monde plus sûr.