Festival de Cannes

Le camion rempli de poulets et de migrants syriens s'arrête brutalement. Les occupants sont précipités dans des zodiacs, lancés sur une rivière. L'autre berge, c'est l'Europe. Mais la police hongroise des frontières surgit, les embarcations chavirent, c'est le chaos. Un jeune homme cherche son père, il nage jusqu’à la rive promise, s'encourt à toute vitesse quand un policier l'abat comme du gibier. Il s'écroule, trois balles dans le thorax. Et quelques minutes, son corps se met à léviter avant de redescendre brutalement sur terre.

A partir de cette scène originelle, tout est possible et le Hongrois Kornel Mundruczo va le prouver. Car le réalisateur "White God" a quelque chose d'un Christopher Nolan hongrois qui aurait croisé Wim Wenders. Quelque chose d' "Inception" qui aurait rencontré un ange des "Ailes du désir" dont le titre original était "Der Himmel uber Berlin".

Le cinéaste est formellement époustouflant. Que ce soit un appartement qui opère un tour complet sur lui-même, le plancher au plafond et retour. Que ce soit une vertigineuse poursuite de voitures dans Budapest. Que ce soit une course à travers la grande gare de Keleti squatté par les migrants; Mundruczo électrise chaque scène, colle le spectateur à son siège pendant plus de deux heures avec une succession de séquences hallucinantes. A tel point, qu'il peut se passer de narration, laquelle se réduit à un cache-cache entre un policier pourri et un docteur pourri mais en phase de rédemption. De toute façon, son message sera explicitement délivré à la fin : il faut arrêter de penser horizontalement, lever les yeux, chercher l'ange.

Pas sûr que cela va aider les Syriens !