Festival de Cannes

Peu importent les noms des comédiens qui seront inscrits en lettres d’or sur le palmarès ce dimanche. La star incontestable de cette édition 2016 du Festival de Cannes restera, pour tout le monde, une jeune actrice de 16 ans à peine qui n’a pas eu besoin de se faire un nom, Lily-Rose Depp. 

Pourtant attendue au tournant, la fille de Vanessa Paradis et de Johnny Depp effectue des débuts remarqués et remarquables en tant qu’Isadora Duncan dans La danseuse . Très vite, on oublie qu’elle est la fille de… pour se laisser séduire par sa grâce, son visage angélique (de profil, c’est fou ce qu’elle ressemble à sa maman) et la fourberie de ses jeux de manipulations (elle n’a pas le sourire de son papa pour rien).

Naturelle et simple, elle l’est aussi en interview, ici par La Dernière Heure. Polie (elle serre la main de ses interlocuteurs, chose plutôt rare sur la Croisette…), pas impressionnée une seule seconde par les journalistes, elle sait déjà comment éluder les questions dérangeantes et parler de son personnage comme une pro confirmée. Cannes a trouvé sa princesse. Et Vanessa Paradis, présente à la projection de La danseuse , ne pouvait cacher sa fierté.

"J’étais très excitée à l’idée de lui montrer le film, pas du tout stressée , explique Lily-Rose. Comme n’importe quel enfant a envie de montrer son travail à sa maman. Mes parents ont toujours voulu que je sois très indépendante et ils me soutiennent, quoi que je fasse. Et c’était le cas quand j’ai décidé de devenir comédienne."

Quand l’avez-vous décidé ?

"J’ai tourné une scène pour le film de Kevin Smith, Tusk , en 2013. Ce n’était qu’une séquence de cinq minutes. À l’époque, je n’avais pas envie de devenir actrice mais Kevin Smith adorait tellement ce personnage qu’il m’a transmis sa passion. Je me suis alors dit que c’était peut-être ça ce que je voulais faire car je me sentais à l’aise et heureuse sur un plateau."

En conférence de presse, votre maman a dit qu’elle vous donnait des conseils mais ignore si vous les suivez…

(Rire) "Mes parents m’aiment et me conseillent, mais pour ma carrière, ils me laissent choisir librement."

Vous avez l’impression de vous cacher derrière les personnages ?

"Oui. C’est le seul moment où je peux m’aimer vraiment et me plonger complètement dans ce que je fais."

Vous vous sentez plus Française ou Américaine ?

"Je suis née à Paris. J’y ai de la famille et j’y ai passé pas mal de temps. Quand je suis ici, je me sens très Française, mais aux USA, je me sens très Américaine. J’appartiens aux deux pays."

Craignez-vous d’être traquée par les paparazzi ?

"Je n’ai pas peur des paparazzi. Quand on est actrice, c’est une évidence, on ne peut pas les éviter."


"Je me mets une grosse pression"

"Je ne suis arrivée sur le projet que deux mois avant le début du tournage de La danseuse , et je travaillais sur un autre projet donc je n’ai pas eu le temps de m’entraîner pour la danse , explique Lily-Rose Depp. Mais heureusement, il y avait une doublure pour les scènes de danse les plus compliquées. Je me suis chargée des autres, avec l’aide d’un chorégraphe. Isadora Duncan ne prônait pas la souffrance et l’entraînement intensif. Elle voulait que tout vienne du corps et s’exprime le plus naturellement possible. L’objectif était de respecter sa mentalité."

Pas trop de pression ?

"C’est la toute première fois que je suis à l’aise en jouant la comédie. Je me suis sentie bien dans mon corps et je pense que se sentir libre faisait partie du processus de préparation. Isadora Duncan fut la première danseuse à se montrer nue. Elle trouvait ça normal, tout à fait naturel puisque tout le monde a un corps. Elle s’en servait magnifiquement et estimait, à juste titre, que personne ne doit avoir honte de lui-même. La sexualité est traitée en sous-texte parce qu’elle ne constitue pas le point essentiel du film. L’important, c’est de montrer qu’on peut devenir artiste en travaillant énormément, en souffrant pour son art, ou en choisissant un chemin plus doux."

Comment s’est passée la projection à Cannes ?

"C’est très différent de voir le film à quelques-uns dans une salle de projection ou dans une énorme salle comme à Cannes. C’est dix mille fois plus fort au Festival… En salle de projection, on regarde surtout sa performance alors qu’on se laisse prendre par le film lors de la projection publique."

Comment vous jugez-vous ?

"Très durement. Je suis une perfectionniste, j’ai tendance à critiquer ce que je fais, je me mets une grosse pression. Mais je pense que c’est normal : je suis une bosseuse."

Votre personnage est très manipulateur…

"C’est très amusant de jouer un personnage un peu machiavélique, cela m’attire plus que les rôles tout simples. Isadora Duncan n’était pas naïve mais très ambitieuse, déterminée. Elle savait très bien ce qu’elle voulait. Dans ce monde, et surtout à cette époque, c’était vraiment capital pour s’en sortir. Et pour moi, ce sont les rôles les plus intéressants parce qu’ils sont assez éloignés de ma personnalité."

Quelles sont vos ambitions ?

"Le seul fait de participer à un film démontre qu’on a de l’ambition. Le fait d’être artiste est automatiquement accompagné des doutes, des obstacles à surmonter, des sacrifices, de la solitude, des souffrances. C’est cela que montre le film et pas juste le côté glamour."